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Etoiles d'Encre

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Revue de femmes en Méditerranée

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Textes écrits en ateliers d'écriture (12)

L'autre siècle avait 20 ans

Adime
Etoiles d'Encre - n°17

Il y a 80 ans, ma mère était enceinte de moi. Nous habitions un petit village, Asciano-Di-Pisa, près de Pise en Italie et comme dans tous les petits villages, elle était devant la porte, assise, et rares étaient les personnes qui savaient lire et écrire. Il est passé un vieux monsieur qui, lui, savait lire : un des rares.

Il connaissait ma mère ; il la regarde et lui dit :

- Tu vas avoir une fille et tu l'appelleras Adima. Je suis entrain de lire un livre dont l'héroïne porte ce nom. Ce sera une jolie femme et tu seras sûrement contente d'elle, elle sera très gentille avec toi. (Cela n'a pas toujours été le cas et j'en ai des regrets ; trop prise par ma vie, je ne lui ai pas assez consacré de temps…)

Le village était si petit qu'il n'y avait pas de mairie et pour déclarer les naissances il fallait aller assez loin : c'est mon père qui se rendit à bicyclette jusqu'à la petite ville thermale de Bagni-San-Juliano.

Je n'ai qu'un seul prénom, ma mère n'aimait pas trop ça que l'on donnât trois ou quatre prénoms à un enfant.
Ma grand-mère paternelle avait été abandonnée à la naissance et on l'avait mise dans le "tour" d'un couvent où on élevait les enfants orphelins.

A ce moment-là, on abandonnait souvent les enfants surtout s'ils étaient le fruit d'amours illégales comme c'était le cas pour ma grand-mère et on les déposait de façon anonyme dans un tourniquet aménagé sur la façade d'un couvent ou d'une église.

Comme elle a été élevée au couvent, elle est devenue très dévote et très pratiquante. Et elle a pour ainsi dire vécu jusqu'à ce qu'on la marie dans un esprit très religieux.

Alors automatiquement quand elle a eu les enfants il fallait qu'ils aillent à l'église et qu'ils fassent des révérences au curé et aux bonnes sœurs.

Quand mon père a grandi il y avait des fois où il préférait aller jouer ; il était révolté contre cet esclavage jusqu'au jour où ma grand-mère lui a reproché son absence à l'église, il lui a jeté un caillou sur la jambe (je n'y ai pas assisté mais j'en ai toujours entendu parler !)

Il ne pouvait plus entendre parler de l'église il en avait été saturé. !

J'ai donc été baptisée à l'insu de mon père. Quand il l'a su ça a fait un beau scandale !

Je suis l'aînée de la famille, quatre ans plus tard naissait mon frère Charles. Ma mère m'a toujours dit :

- Quand tu es née, tu t'es accrochée à la cuvette, on ne pouvait plus te détacher ! Toute ma vie j'ai gardé cette anxiété qui s'est manifestée à mon arrivée au monde.

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