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Etoiles d'Encre

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Revue de femmes en Méditerranée

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Textes écrits en ateliers d'écriture (3)

"Nga, Nga, parle-moi de ton pays"

Nga
Etoiles d'Encre - n°17

- Mon pays c'est le Vietnam. C'est un pays tropical. J'y suis née et j'ai vécu là-bas presque toute ma jeunesse. J'habitais à Chôlon, la sœur jumelle de Saïgon qui est un grand port. C'est au sud du pays dans le delta du Mékong, le long de la rivière Saïgon. Les deux villes se touchent. Aujourd'hui, Saïgon s'appelle Hô-Chi'Minh-Ville et Chôlon est la ville commerçante dont le nom signifie : Le grand Marché. Jour et nuit, des jonques pleines à craquer parcourent ses myriades de petits cours d'eau. Saïgon avec ses avenues, ses vieilles villas coloniales c'est plutôt l'ancienne ville administrative, aujourd'hui en plein développement.

Mon pays s'étend le long de la mer de Chine sur mille huit cent kilomètres, du nord au sud. J'ai vécu toute mon enfance dans ce sud, grenier à riz du pays, où il n'y a que deux saisons : la saison sèche et la mousson. Pendant la saison ensoleillée qui est très chaude, la gaîté de la vie éclate, illuminée de fleurs de toutes les couleurs et de fruits exotiques comme les mangues, les goyaves, les longanes, les noix de coco, les bananes…

Au printemps, vers le début de février, c'est le "Têt", notre nouvel an qui est symbolisé par une fleur ressemblant à celle du cerisier mais de couleur jaune, c'est la "Maï". Beaucoup de jeunes filles portent ce prénom qui évoque le "renouveau". La fête dure plusieurs jours, on s'invite les uns les autres et on rénove tout, à commencer par les habits. On fait exploser des pétards pour chasser les mauvais esprits. A cette époque, chaque famille, qu'elle soit riche ou pauvre expose un bouquet de ces fleurs jaunes, devant sa maison ; elles signifient le bonheur. Lors de la mousson, c'est le moment des récoltes et des fêtes campagnardes ; c'est aussi très gai.
Mais à la ville nous ne faisons que subir de violentes et brèves trombes d'eau. Parfois, les égouts mal entretenus débordent ; les enfants nagent dans les rues et les cyclo-pousse naviguent. La circulation devient très difficile. Les gens s'enveloppent d'immenses imperméables transparents de toutes les couleurs. Sur les vélos moteurs, toute une famille de quatre personnes peut s'abriter sous le même imperméable que le conducteur.
A l'époque de mon enfance c'était la guerre et je n'ai pas connu le reste de mon pays ni la nature autrement qu'à travers les livres de géographie. Nous ne pouvions pas nous promener c'était trop dangereux à cause des mines et des bombardements, ni même sortir le soir dans la rue à cause des attaques. Plus tard, très longtemps après être venue en France, j'ai enfin pu visiter mon pays.
J'en ai tout de même gardé de bons souvenirs, notamment celui du temps passé avec mes amies de classe. Mais au fond pendant la guerre, nous n'avons pas eu d'enfance. Nous avons souvent côtoyé la mort. Nous avions très peur de ce qui se passait. J'ai hélas perdu un de mes frères dans les combats en 1968, il avait 24 ans et la guerre a continué jusqu'en 1975. C'est alors que je me suis retrouvée en France avec ma famille. Je m'y suis mariée et j'ai eu deux enfants que j'adore mais qui ne se rendent peut-être pas bien compte du bonheur inestimable qu'ils ont de pouvoir vivre dans un pays en paix.

Si je suis heureuse ici, je ne peux cependant pas m'empêcher d'éprouver une grande nostalgie pour le pays qui m'a vu naître et que j'ai dû quitter. Il me manque toujours les odeurs, la lumière, la chaleur et cette verdure intense qui s'insinue partout dans le moindre espace.

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