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Etoiles d'Encre

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Revue de femmes en Méditerranée

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Textes écrits en ateliers d'écriture (2)

Rêve brisé

Monique
Etoiles d'Encre - n°17


Quatre ans, l'âge de mes premiers souvenirs, de mes premiers rêves éveillés où surgissait naturellement un prince, cavalier lumineux, chevalier de cristal. Il arrivait dans un halo de lumière et de son sourire immuable confirmait mes espoirs, encourageait mes attentes, réalisait mes vœux. Quatre ans, l'âge où je me prêtais au jeu des grandes personnes acceptant de chanter juchée sur une table "La casquette du père Bugeot" ou "Ma cabane au Canada".

Quatre ans, poupée vivante et souriante je faisais déjà mon tour de chant et cabotinais sous les yeux ravis de toute la famille.

Jeannette et André, jeune couple sans enfant, fondaient littéralement devant mon numéro.

Ils étaient parisiens et cousins de ma mère, et souvent me promettaient de m'emmener avec eux, jusqu'à Paris.

Et moi, je rêvais de ce voyage et seule dans mon lit, j'accueillais avec un plaisir immense mon chevalier de cristal qui me disait l'imminence de mon départ.

Un jour, mon père attrapa en haut de l'armoire à glace une petite valise en carton, rouge brique ; il l'épousseta, la cira et me dit :

- Puisque tu as été gentille, tu prendras ce soir le train pour Paris avec Jeannette et André.

J'étais aux anges ! Le chevalier de cristal réapparut, aussi sec, dans ma petite tête et me sourit.

Quand la nuit fut tombée, les habitants du quartier qui prenaient le frais sur le pas de la porte purent voir passer un drôle de cortège : au milieu une petite fille, vêtue d'une robe blanche à smocks, portant une lourde valise de carton brillant sous les lumières des lampadaires.

Tout le monde était de la fête : papa, maman, ma sœur Michèle et bien sûr Jeannette et André.

La valise était lourde et sur le chemin de la gare, je dus poser plusieurs fois mon lourd fardeau. Mais le bonheur du départ atténuait la douleur qui raidissait mon bras. Nous passâmes enfin sur le quai. Le train entrait en gare. J'embrassais papa et maman qui ne pouvaient cacher leur joie. Je jetais un regard circulaire et regardais interdite tous ces visages convulsés et cramoisis par le rire. Et au moment où la valise s'ouvrit laissant apparaître son contenu, je vis se briser en mille éclats mon chevalier de cristal : une brique envahissait l'espace qui aurait dû occuper mes vêtements.

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