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Etoiles d'Encre

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Revue de femmes en Méditerranée

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Texte écrit à La boutique d'écriture de Lunel (2)

L'enfant hirondelle

Chantal Maire
Etoiles d'Encre - n°17

C'est une place au cœur du village, tranquille, ensoleillée, avec de grands trous d'ombre fraîche sous chaque platane.
L'église, la Mairie se font face avec un petit air de crèche provençale.
Soudain, les deux battants de la porte de l'école s'ouvrent ; les élèves s'élancent avec des cris d'oiseaux.
Parmi eux, enfant Hirondelle… Il hésite…
Dans la lumière, ses petits pieds se cambrent à l'intérieur de ses sandalettes, ses minces mollets frémissent. Il écarte ses bras, sautille… D'un coup, il s'envole ! …
Même ses cheveux dorés ressemblent à des plumes dans le soleil.
La ruelle descend très fort, ses bras s'agitent en cadence, c'est juste les pointes de ses pieds qui le retiennent au sol. Poussant des cris stridents, il s'engouffre dans les couloirs frais des ruelles.
Après la "glissette", il tourne brusquement sur la droite. Il s'arrête devant la source, respirant du bout de son petit nez l'odeur de l'eau.
La cascade lui envoie des bouffées d'air frais et humide.
Il s'appuie sur le mur couvert de mousse, cherche du regard une grenouille prenant un bain de soleil. Il y en a une sur une feuille, une deuxième cachée dans l'herbe et une troisième pointant son museau derrière un brin d'herbe. Il ouvre une bouche émerveillée devant le ballet léger d'un couple de libellules bleues. L'enfant repart, le chemin au bord de la rivière grimpe un peu et il fait chaud… Il n'est plus une hirondelle. Il conduit une voiture rouge. Broum ! Broum ! Les yeux mi-clos pour mieux voir la route, il prend un virage à droite, un virage à gauche, faisant crisser ses pneus. Hiii… Hiii…
Il est sur le pont qui fait le gros dos, comme un matou. La route descend devant lui… Alors, il se transforme en avion, les bras en croix, il s'élance en loopings… Vroum ! Vroum ! Ses jambes tricotent, ses pieds suivent comme ils peuvent. La tête dans les nuages, il aborde la montée de la gare. Son moteur s'essouffle… Il est une belle locomotive. Pchitt, Pchitt, il crache de la vapeur, ses bras sont des bielles. Tchi tchi fou, Tchi tchi fou… Il s'arrête comme un vrai train.
A pieds joints, il saute sur les rails. Un, deux, un, deux, trois. Le long de la voie ferrée, une haie de lilas d'Espagne fleurit et embaume… Là, se trouvent ses bijoux, ses fleurs vivantes, ses trésors de beauté, des centaines de papillons.

Il y a les petits bleus aux ailes rapides, à l'air printanier, des rouges et or sûrs d'eux, semblant vaquer à des affaires sérieuses. Des orange, légers, légers, virevoltant comme des ballerines
Des petits malins qui poussent les autres pour butiner une fleur plus parfumée. Des indépendants, des craintifs à l'écart des autres…Des jaunes somptueux à queue de monarque…
Les mains tendues, l'enfant les vise, les attrape, les relâche, les rattrape. Le soleil l'éblouit, ivre de couleurs, les rouges, les bleus, les jaunes, les or se mélangent. C'est si beau, il est si bien…
Le temps s'arrête dans la perfection du moment. Plus d'heure, plus de minute, seulement des secondes de bonheur. La cloche sonnant l'Angélus fait redescendre sur terre la petite tête nuageuse.
Arrivé chez lui, il voit des papillons au fond de son assiette, des avions sur les murs de la cuisine et des hirondelles au plafond.
Il entend sa mère lui parler dans une autre dimension, ne sait pas ce qu'il mange…
Et il rêve, il rêve, il rêve…


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