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Etoiles d'Encre

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Revue de femmes en Méditerranée

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Etoiles d'Encre - n°47

On ne naît pas femme, on le devient.
Simone de Beauvoir
Le deuxième sexe, 1949

Il s'esquisse ici, des mots, des faits, des récits, de la mémoire, de l'humour, de l'art… qui font de ce numéro, l'écho de ce quelque chose de subtile qui traverse la vie humaine sans qu'on puisse tout à fait le saisir. Un numéro comme un écho de la pensée, du cœur et des corps, une œuvre, une mosaïque empreinte de gaîté et de nostalgie, de rires et de cris de douleur, d'humour aussi, d'exubérance.
Quand on intitule un thème "Féminin-Masculin" on s'expose à plusieurs interrogations : qu'est-ce que Le Féminin et qu'est-ce que Le Masculin ? ou qu'est-ce qu'être un homme ou une femme ? Autrement dit, comment s'appréhende et se construit l'identité sexuelle ? quelle est la part du biologique et celle du culturel dans cette identification ? Peut-on vraiment les dissocier ? Il ne s'agit pas dans cet éditorial de répondre à des questions aussi complexes bien entendu, mais simplement de les mettre en exergue car elles ne sont pas seulement au cœur des préoccupations des sphères militantes, mais le sont aussi pour les sciences sociales et même pour les sciences dures, telles que la biologie ou la neuro-biologie.
Une œuvre où se livrent les femmes, où elles se délivrent, jettent sur le sol de l'écrit l'ombre et la lumière et éveillent l'immémoriale révolte. Elles dépouillent le réel, le décortiquent, s'insurgent, s'esclaffent même. Ce qui ne peut se dire s'écrit, comme le fait si pleinement Françoise Mariotti dans sa carte blanche et surtout dans son texte La bonne mère.

Les scientifiques contestent en effet la validité de la vision binaire nature/culture qui supposerait que ces deux termes sont opposés, irréconciliables et qu'on ne peut aborder ces questions que sous ce seul angle d'analyse : l'irréductibilité. Ainsi, la nature déterminerait des aptitudes et des comportements spécifiquement féminins ou spécifiquement masculins dès la naissance de l'être humain. L'environnement social, culturel, historique, contextuel et psychique des individus se situerait dans une sphère indépendante de l'essence naturelle, biologique, de l'ordre sexué. Or, comme le disent aujourd'hui les scientifiques et les chercheurs en sciences sociales, biologie et culture sont indissociables. Les corps sont des corps sociaux en même temps qu'ils sont biologiques dit le sociologue Eric Fassin. La polarité entre les deux est indéniable et les progrès technologiques et notamment l'IRM ont permis de découvrir la plasticité cérébrale, un concept fondamental, qui démontre que des interconnexions toujours nouvelles entre les neurones permettent l'adaptation permanente du cerveau au vécu des individus et cela, tout au long de leur vie (Catherine Vidal).

Les textes résonnent de deux mille ans de brouillard, de sept cent trente mille jours d'inquiétude. Ils s'en sont allés. Volés, disparus. Tordus, jetés par dessus le temps, spoliés pour toujours pour les femmes. Combien d'entre elles ont espéré et aimé pendant ces sept cent trente mille jours ? Le sens se cachait derrière la scène des évidences trompeuses. La force de l'illusion. Combien de femmes ont vécu d'absence, n'ont jamais connu ni le chant ni l'amour ni même le respect ?

Ces recherches démontrent que les normes qui nous font l'injonction d'être dans notre vie quotidienne, dans nos amours, dans nos relations sociales, dans nos manières d'être et d'agir… plutôt féminins ou plutôt masculins, ces normes, qui ont structuré les différenciations sexuelles dans la quasi-totalité des sociétés humaines, sont remises en question. Ceci nous amène tout naturellement à cet autre concept important : le genre. La théorie du genre a ouvert les champs d'étude. Elle ne remet pas en cause l'existence d'êtres génétiquement sexués, et ne nie pas davantage la nécessité de normes sociales. Elle permet de dépasser les déterminismes communément admis sur la "bicatégorisation" (mâles-femelles) et d'explorer les lieux de la construction sociale de la différenciation sexuelle, ce qu'on appelle le sexe social. De même qu'elle permet une réélaboration de normes qui ne seraient pas définies une fois pour toutes mais évolueraient avec et par les sociétés qui les produisent. Ce concept se fonde sur le rapport qu'entretiennent les deux sexes. Il ne renvoie pas à des catégories biologiques (hommes et femmes) mais à des catégories sociales (féminin et masculin). Il ouvre sur des perspectives autres que "naturalistes" ou idéologiques. C'est donc une démarche éminemment critique qui permet de s'interroger sur ce qui confère aux évidences normatives leur légitimité.

Dans ce numéro nous avons convié des femmes à nous confier leurs opinions sur ce thème majeur du rapport entre le féminin et le masculin. Le résultat est à la mesure du talent de chacune. Elles le traitent à leurs manières singulières, parfois avec humour, Anne Guerber - avec profondeur, Catherine Rossi, Rosa Cortès - avec érudition, Hélène Echinard - passionnément, Sadia Barèche - avec militantisme, Wassyla Tamzali - sans concession, Marie Malaspina - percutant, Aldona Januzewski - sous forme de conte, Violette Bizeau et avec ce quelque chose de caustique, Valéry Meynadier. Je ne peux hélas les citer toutes, mais c'est plein d'enseignement, d'émotions, d'expériences et de poésie. Les poètes ici, comme d'habitude, ne sont pas en reste bien sûr.

Une nouveauté dans la revue : pour la première fois, nous accueillons un couple d'artistes dont une œuvre illustre la couverture. Un couple qui symbolise le féminin-masculin dans l'harmonie et non l'opposition. Leur art est une échappée de soleil : deux artistes qui créent sur des matériaux nobles, la fibre végétale et le papier, mais avec une finesse de travail et de créativité peu communes. L'un et l'autre nous font découvrir des voies encore inexplorées de l'art qui s'embrasse et s'embrase. L'un et l'autre s'interrogent sur le féminin/masculin. Merci à Jean-Michel Letellier et Miki Nakamura.
Behja Traversac

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