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Création en migrations

septembre 2004

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Entretien avec Halina Menaï

Etoiles d'Encre - n°19

E.E. : Halina, nous nous sommes rencontrées le 6 mars 2004 au Bistrot associatif de Beauvais L'Ecume du Jour, grâce à l'initiative des femmes qui animent l'Ecume. Il y avait en effet ce jour-là, à la fois exposées dans leur espace ouvert, accueillant et généreux, les photographies de Jacques Du Mont "Imaginaires féminins", photographies de femmes créatrices d'Algérie, et tes peintures. C'était un grand événement dans ta vie, car, comme tu l'as écrit dans le texte qui accompagne les photos de tes toiles, c'était ta première exposition, la première fois que tu montrais tes créatures à des gens inconnus.
Et d'abord ces gens c'étaient nous, toutes les femmes de l'Ecume, Jacques et moi, et je me souviens très bien de ce moment si émouvant où nous avons tous ensemble réalisé l'installation dans la grange qui fait suite à la petite allée et à la terrasse entièrement couverte de mosaïque réalisée par tous ceux et toutes celles qui sont passés un jour par l'espace étrange et amical de ce bistrot écumeur de rêves, et qui a été aménagé et restauré avec des choix originaux et créatifs.
Tes peintures, ta dynamique créative m'avait aussitôt touchée et intéressée.
J'ai eu envie en regardant et en touchant ces toiles que tu venais offrir au regard des gens dans cet espace de bois, de verre, de sable qui fabrique une plage ou un désert sous nos pieds et de fers à béton suspendus pour former un escalier qui monte en spirale vers on ne sait où, de faire connaître ton histoire et tes premières réalisations à toutes les personnes qui lisent Etoiles d'Encre et qui aiment découvrir dans chaque numéro une artiste nouvelle.

Mais tout d'abord, ce qui m'a frappée en regardant ta peinture, c'est qu'elle s'inscrit dans un passé, dans une histoire liée à l'Afrique et à cet univers. Peux-tu nous raconter comment et d'où t'es venue cette relation à l'Afrique et pourquoi elle s'exprime par la peinture ?

Halina Menaï : Ma relation à l'Afrique, c'est difficile à expliquer. Déjà ce n'est pas un choix, une décision volontaire, ou plutôt consciente, c'est une sorte de "sym-pathie", de lien inconscient que j'ai découvert en moi. Quand je peins des visages, je m'inspire la plupart du temps de photos, de personnages qui sont en fait des personnes réelles, qui existent sûrement encore et qui transportent en eux tous leurs bagages (si je parle de bagages, c'est parce que pour moi, chacun, tous, ceux qu'on connaît, ceux qu'on croise sans les voir, aussi bien que ceux qu'on ne verra jamais, transportent en eux une histoire, un projet, un parcours, des désirs… ils viennent tous de quelque part et vont tous quelque part ; ils sont tous chargés de tout cela…) et cette histoire peut transparaître par la magie de l'expressivité du corps (une expressivité qui dépasse le langage).
Quand je parcours ces photos qui ont su saisir cette "transparence", certaines me touchent particulièrement, m'arrêtent, c'est peut-être une sorte de compréhension ou de compassion particulière. Et ce lien indéfinissable agit souvent face à des visages africains. Je ne peux pas l'expliquer plus que ça. Rien d'intelligible ou rien que je n'aie réussi à rendre intelligible n'explique cette "empathie".



E.E. : Tu es très jeune et il s'agit de ta première exposition, mais j'imagine que tu as déjà depuis que tu as commencé à peindre, connu plusieurs moments, des passages dans l'expression de ce que tu ressens qui ont produit une évolution au niveau de ta création, dessiné un chemin où tu te reconnais peu à peu toi-même. Peux-tu nous parler de cette expérience que vit tout créateur, qui consiste à sentir de plus en plus précisément d'où on est parti sans le savoir, et vers où l'on va ?

H.M. : C'est vrai qu'il se produit une évolution artistique, mais je crois même qu'elle dépasse cela. C'est un véritable épanouissement personnel. D'ailleurs, je l'ai compris il y a peu (en discutant lors de cette 1ère exposition à l'Ecume du jour), c'est pour cela que je ne veux pas vendre mes toiles.
Je m'explique : cette évolution qui m'a fait dépasser le figuratif vers de plus en plus d'expressivité m'a aussi rendue à chaque fois plus consciente du sens de ce que je fais. En accumulant les créations, on y perçoit des thèmes récurrents, des associations sensées qui finissent par nous révéler les liens de cette création (dont le sujet nous paraissait pourtant extérieur) à notre propre parcours.
Plus je comprends ma création, plus je me comprends et me connais, et plus je crée en moi une harmonie et ainsi trouve la paix…
Finalement si je ne vends pas encore mes toiles c'est que j'ai encore à y comprendre.



E.E : Sur la peinture qui illustre la couverture de la Revue, et sur plusieurs autres également, tu mêles l'image d'un visage au graphisme très moderne, esquissé en transparence, en lavis bruns ou bleus, et l'écriture. Quelques mots, des phrases qu'on peut lire ou à peine déchiffrer, des signes, des traces comme des griffures… Des fragments de papier ajoutés, du carton, des tissus et toutes sortes de matières vivantes dans l'emploi que tu en fais.
C'est un mode d'expression original et assez contemporain, mais que tu reprends à ta manière en le personnalisant par ta propre histoire qui s'inscrit au gré de tes tableaux.
Comment t'est venue l'idée de ces collages, de ces mélanges d'éléments divers et proches en même temps, comme si la toile était une scène de théâtre où chaque élément que tu utilises avait la présence d'un personnage en train de nous "raconter une histoire" ?

H.M. : Quand je peins, ça n'est pas prémédité. C'est comme une émotion forte que je transcris par la peinture. Une émotion forte dans ma vie personnelle, ou une émotion forte par la vue d'une image qui me touche et qui, je pense, doit faire appel inconsciemment à mes propres émotions, à mon ressenti mémoriel.
Ainsi je passe dans un état particulier où je dois peindre tout de suite. Je laisse aller mon instinct et utilise tout ce qui m'entoure pour créer. Et si la toile est comme "une scène de théâtre" c'est parce qu'elle est pour moi l'expression de la vie, et si elle est pleine d'éléments divers c'est parce que pour moi la vie est comme ça et que c'est ça qui la rend si belle.



E.E. : La plupart des personnages que tu représentes sont de peau noire, Blacks comme on dit aujourd'hui. Ta sensibilité semble très proche de leur monde, d'un univers que l'on devine douloureux, blessé, en rupture avec un monde qui les a longtemps broyés. Te ressens-tu comme "ayant la peau noire", c'est-à-dire proche de celles et de ceux qui ont connu l'esclavage, le mépris, le fractionnement de leur corps et l'anéantissement de leur âme ?
Est-ce en tant que femme que ton lien à l'Afrique s'affirme avec cette force et cette évidence à travers les coups de pinceaux qui raturent les visages, qui les marquent d'un tatouage brutal ?
Désires-tu en peignant leur trajectoire violente et cruelle "leur rendre la vie" qu'on leur a si souvent ravie ?

H.M. : Déjà, je ne me ressens pas comme "ayant la peau noire", car je ne me ressens pas comme ayant une couleur qui fasse mon identité, ni d'ailleurs une nationalité, ni même une terre. Et même si tout cela (mes origines…) fait partie de mon histoire donc de mon identité, je ne suis pas cela.
Je ne me sens, sincèrement, aucune appartenance culturelle (même si mon mode de vie doit bien être imprégné d'habitudes culturelles). Ceci je pense, vient de mon parcours, marqué aussi par une sorte d'exode et de cassure culturelle, entre deux parents de cultures différentes mais qui les opposaient, au lieu de les laisser se rencontrer.
Ainsi je me suis construite moi, un peu hors culture…, mais à la fois toujours en recherche de culture. Peut-être que je retrouve dans cette culture africaine (bien qu'elle soit multiple) un parcours qui me ressemble : fait de contrastes entre les souffrances et déchirements vécus et la vie pleine et débordante que certains réussissent à retrouver en donnant par là de l'espoir aux autres.
Et oui, j'espère que malgré la violence et la souffrance que retracent mes peintures, la vie qui s'y trouve et résiste malgré tout rend l'espoir.

E.E. : J'ai remarqué lors de l'installation qu'aucune de tes peintures ne porte de titre et que tu ne les signes pas non plus. Tu as écrit sur plusieurs toiles : "Je ne signe pas les œuvres qui parlent de ma vie" Pour la plupart, des paroles fragmentées, des bouts de poèmes, des phrases ou des mots qui reviennent simplement tels "Je t'aime" ou bien "la colère", entourent les visages de grilles mouvantes.
Peux-tu nous parler du rapport entre l'acte de peindre et celui d'écrire dans ta vie ?

H.M. : Peindre c'est pour moi jeter son émotion sur la toile. Jeter une émotion qu'on ne peut pas décrire avec les mots (plus tard peut-être, on retrouve la possibilité de parole). Ecrire, c'est évoquer ce qu'on sait et qu'on ne peut dire, écrire sur la toile c'est donner à voir ce qu'on tait, laisser une place à l'intuition et au ressenti (pour le déchiffrage), chercher la compréhension de soi par les autres tout en en ayant peur. Je ne lirai pas ce que j'ai écrit, mais pourtant j'accepte et même presque je désire qu'on puisse le lire.
Je laisse le hasard de l'encre décider de la lisibilité et du degré d'ouverture sur mes propres secrets. Mais je suis persuadée que sans même lire, juste en déchiffrant des mots par ci par là, quelque chose passe et qu'en écrivant ainsi sur les toiles, j'ouvre des possibilités, plus que l'expressivité du visuel, je laisse comme des indices.

"Je ne signe pas les œuvres qui parlent de ma vie" peut-être parce que mon nom est moins moi que ma toile.



E.E. : Certains de tes montages-collages sont faits avec des morceaux de cartons sur lesquels on voit des touffes de cheveux mêlés à l'écriture qui s'étale comme du sang. On pense évidemment à tous les ghettos de par le monde et au corps des femmes et des hommes violé et malmené.
Quel a été le point de départ de ces montages ? Vers quelle expérience t'ont-ils fait revenir, quelle mémoire évoquent-t-ils en toi, de ta propre histoire ou de celle des autres ?

H.M. : Le point de départ de tout mon travail a été le livre de photos Les enfants de l'exode de Salgado. Ces photos m'ont profondément et personnellement touchée. Peut-être que dans le regard de ces enfants, celui que j'ai retranscrit dans les toiles, je retrouvais mon propre regard, enfant dans mon propre "exode" : une fuite à travers la France qui a marqué ma toute petite enfance, un parcours, des changements trop brusques mis dans les yeux d'une petite fille quelque chose d'adulte.
C'est ce regard ambigu qui est à l'origine de mon travail.



E.E. : Que représente pour toi cette boîte d'archives dans laquelle se mêlent des documents, des papiers, des lettres… tout le contenu vite rassemblé d'une vie ?

H.M. :C'est en fait dans cette boîte d'archive que se mêlent les touffes de cheveux. C'était au départ un travail scolaire dont le thème était la répétition ou l'accumulation d'un objet du quotidien. J'avais choisi les cheveux, comme trace humaine, cheveux qu'on laisse un peu partout et qui symbolisaient pour moi la marque d'une identité propre et unique. Et puis j'ai oublié le projet scolaire pour découvrir une envie de dire. De dire un questionnement et surtout une colère par le contraste entre ces fiches administratives, ces documents impersonnels, et les cheveux, (marque profonde d'humanité et d'identité particulière).
J'ai souligné cette contradiction douloureuse entre le statut impersonnel auquel nous réduit l'Etat et cette société et le foisonnement bien plus riche et chaque fois différent que chacun est véritablement. Ainsi, ici, la question d'écriture agit par le contraste entre l'écrit impersonnel des documents et l'expressivité des mots que j'y ai rajoutés.
En regardant ce travail terminé, j'y ai vu beaucoup, j'y ai vu qu'il y avait vraiment une sorte de colère ou de souffrance inexprimée qui cherchait à sortir, un désir de dire aussi pour avancer. Enfin, moi aussi, et après coup, j'y ai bien remarqué les références inconscientes au mémoriel des camps et des ghettos.
La réutilisation du thème des cheveux n'est pas anodine et je tenterais de l'expliquer maintenant :
Eux (je ne veux pas les nommer), ils les ont enlevés pour déshumaniser, (la première marque de déshumanisation est le rasage du crâne, sorte de nudité), moi je veux réhumaniser, c'est le processus inverse, une sorte de "réparation". D'ailleurs c'est cette question d'identité qui est le lien traversant tout mon travail : qui on est ? Les origines ? Et le thème de l'exode y est lié : bouleversement d'identité, parcours brusque qui interroge l'identité et les origines.
Ce sont aussi mes questionnements. Une recherche de connaissance de sa propre identité. A la fois volonté de montrer son humanité, mais toujours pudeur d'en dévoiler les failles, les souffrances.

E.E. : Les différentes techniques que tu utilises, acrylique, encres, lavis, graphisme, collages, écritures, se superposent et s'accompagnent en transparence, dans des coloris à la fois doux et intenses comme s'il s'agissait de gratter la toile et d'y faire apparaître d'autres couches plus lointaines d'une histoire jamais dite, jamais dévoilée.
As-tu l'impression en ayant choisi ces moyens d'expression de faire un travail sur la mémoire, ou bien cela s'est-il fait inconsciemment ?

H.M. : Oui, maintenant, je me rends compte combien on est imprégné par l'histoire qu'on croyait extérieure à nous, combien la mémoire des peuples qui ont souffert s'ancre dans notre mémoire, combien l'histoire de chacun est liée à celle des autres. Au départ inconsciente de tout cela, je réalise maintenant que même si ce n'est pas ma propre mémoire, celle de mon propre vécu, je dois participer au travail de la mémoire collective.

E.E. : Dans l'espace d'Etoiles d'Encre où nous sommes fières et heureuses de t'accueillir, tu es la première dont nous accompagnons des créations aussi jeunes, nouvelles et mâtures à la fois. Souvent notre envie de découvrir des œuvres de jeunes femmes qui n'ont pas encore atteint la trentaine s'est soldée par un échec, comme si la création était un domaine qui ne les concernait pas, ou qui leur échappait.
J'ai toujours cru pour ma part que l'art et notre capacité à nous exprimer par la créativité sont ce qui préserve en nous une humanité et une joie essentielles.
A travers ton vécu parmi des jeunes filles et garçons de ta génération, quel est ton ressenti de leurs envies et de leurs possibilités dans l'univers de la cité aujourd'hui ?

H.M. : Si je suis jeune, ce n'est pas un hasard. Mon questionnement est celui de l'identité et je remarque en répondant à ce questionnaire que d'ailleurs, mon travail artistique a commencé durant l'adolescence, et qu'est-ce que l'adolescence sinon une recherche et un questionnement sur l'identité. Et comme ce travail n'est jamais fini, je continue à user de cette expression pour m'interroger encore et aussi trouver quelques réponses.
Les envies et possibilités des jeunes dans l'univers de la cité aujourd'hui : je crois que c'est surtout une question d'individu. Même si chaque génération porte des interrogations et des souffrances qui lui sont spécifiques ; les individus y réagissent chacun différemment ; il faut savoir transformer ses colères en énergie positive, sinon elles nous détruisent.
Les jeunes aujourd'hui sont l'espoir car ils ont encore la possibilité de décider de leur parcours, rien n'est encore "déterminé" en eux. Ils sont jeunes et la remise en question leur est plus facile. Et c'est se remettre en question qui fait avancer une société.

E.E. : Te sens-tu concernée par les mouvements qui font se bouger les femmes ces derniers temps en regard de la façon aliénante dont elles sont encore souvent traitées ? Je pense à "Ni putes ni soumises" par exemple.
Comment te situerais-tu en tant que créatrice par rapport à ce type d'action ?

H.M. : Je crois que c'est important que chacun réagisse et se révolte positivement face à ce qu'il subit. Les femmes souffrent encore trop du statut réducteur qui leur est attribué. Trop d'éducations, encore aujourd'hui, privent les filles de leurs libertés et ainsi les empêchent de trouver leur identité et de s'épanouir. Je n'ai pas vécu cela, j'ai vécu dans une maison de femmes : 3 sœurs et une mère, et je suis qui je veux être.
Je suis profondément en colère contre ceux qui maintiennent consciemment ou non ces souffrances des femmes. J'aimerais crier. J'aimerais me battre. J'ai mal quand je pense à celles qui subissent le mariage forcé ou à celles qui pour vouloir y échapper subissent des pressions et sont reniées par leur propre famille. Comment peut-on vivre heureuse si notre vie est telle que d'autres nous l'ont tracée (parents, société…). Le libre choix est indispensable.
Dire tout ça, c'est bien, la première des choses à faire est l'expression, mais après cela, après avoir revendiqué ses libertés et son identité, il faut les vivre. Ne plus être dans la demande mais dans la prise de possession LÉGITIME. Je prends mes libertés et je suis moi, et personne n'a le droit de m'en priver. Créer c'est une manière de faire cela.

E.E. : Comme tu l'exprimes très bien dans le texte que tu as écrit, la peinture ou du moins la création a pour toi quelque chose de jubilatoire, et de totalement lié à ta vie. On ressent une grande passion d'exister et de raconter l'histoire des autres et la tienne dans tes mots et dans tes images. Bien que certaines toiles soient assez " hard ", tu jettes dedans une joie féroce et pleine comme un fruit naissant.
As-tu des projets dont tu puisses nous parler, d'autres désirs à réaliser ?

H.M. : Oui, j'ai d'autres projets, beaucoup, mais je veux vous parler de mon rêve, qui deviendra j'espère un projet. J'aimerais créer une maison de culture et d'accueil. Une grande maison qui accueille enfants, mais aussi parents, ou tout simplement ceux qui le veulent, un lieu qui ouvre à tous la culture avec une ou deux salles d'exposition, des espaces de découvertes musicales, des salles pour des cours de danse ou de langue, par exemple,… aide aux devoirs, salon de thé pour se rencontrer,… un véritable lieu de vie…
Au fil des mots je me rends compte d'ailleurs que ce lieu dont je rêve depuis longtemps ressemble étrangement à un Ecume du jour géant. J'aimerais aussi travailler mon art avec des gens en difficulté qui ont besoin d'un moyen d'expression, avec les enfants des rues, partir en Afrique pour travailler par des ateliers, avec des enfants, là-bas, les rencontrer et partager avec eux mon mode d'expression. Tous ces projets sont encore flous.
Et pour maintenant, j'aimerais continuer les expositions et les rencontres…

Quelques repères biographiques

Jusqu'à deux ans et demi : à travers la France.
Après et jusqu'à aujourd'hui : Cergy.
J'ai découvert mes origines tunisiennes seulement à partir de 12/14 ans où j'ai rencontré ma famille pour la première fois. J'ai pleuré. Depuis j'essaie de connaître ce pays qui m'est lointain (mais la France aussi m'est lointaine).
Une maison à Cergy : 3 filles et leur mère, un papa plus loin. Cela jusqu'à 18 ans.
Aujourd'hui je suis toujours dans cette maison. Pour ce qui est de l'art, nous sommes trois, mes sœurs et moi, nous dessinions toutes dans nos loisirs, puis nous sommes toutes passées par les trois années et le bac arts appliqués. Mes sœurs continuent leurs études là-dedans et moi je découvre en ce moment un autre moyen d'expression : la langue. Je suis en Lettres. Mais je ne lâche pas l'art.
J'ai fait une première et tout petite expo à l'université en 2003. Puis grâce aux regards attentifs et encourageants, j'ai pris confiance en moi et en mon art. Je me suis rendu compte qu'il pouvait être "valable" aussi pour les autres. Ça me réjouit beaucoup.
J'ai fait une petite exposition ensuite dans une médiathèque en parallèle à la réalisation d'une affiche pour des conteurs. J'ai d'ailleurs renouvelé l'expérience ; la dernière était pour un spectacle sur le parcours d'une femme de résistant déporté à partir d'un véritable journal de bord de sa propre action.
En 2004 grâce à une rencontre enrichissante, j'ai exposé à l'Ecume du jour à Beauvais. De là beaucoup d'autres rencontres riches : les femmes de l'Ecume, les artistes qui y exposent et Dominique Le Boucher qui m'a proposé cette fabuleuse expérience d'écriture. D'autres projets naissent : peut-être une rencontre avec l'association banal'Art du Cameroun. Celle entre un artiste de là-bas Khalifa et un d'ici Lucas a déjà donné naissance à une expo que je verrai bientôt.
J'ai participé à un autre projet : la réalisation d'une affiche pour une pièce de théâtre Gelsanina, adaptation théâtrale du film La Strada.
En ce moment, je réalise un petit dossier de présentation de mon travail pour trouver d'autres lieux où exposer. Et mon travail continue et évolue.
Je remercie Etoiles d'Encre de m'accueillir si chaleureusement. Et je souhaite aussi remercier tout particulièrement, car elles ont été chères à mon parcours à la fois artistiquement et personnellement (elles m'ont donné confiance en mon art) : Sylvie Breadziak et Dominique de l'Ecume du jour.
En espérant avoir été plus claire que d'habitude avec les mots. Je laisse là le récit de ce parcours qui se poursuit et je vous donnerai d'autres nouvelles.

Etoiles d'Encre n° 19-20 octobre 2004

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