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Figures et présence des immigrés dans les médias

avril 2004

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Editorial

A propos de la laïcité à l'hôpital

Michel Bilis
L'autre - n°13

Le débat sur la laïcité a très largement occupé les médias en cette fin d'année 2003. Il a, comme l'on sait, été "tranché" par le Président de la République : le respect de la laïcité à l'école sera énoncé, sinon régi, par la loi. Ce débat parti, à l'origine, de l'école publique, par le détour de la "commission Stasi" a également, en chemin, traité de la situation dans les hôpitaux publics.
Au motif de réaffirmer le respect de la laïcité face à des poussées d'intégrismes religieux (soyons clairs : parfois juifs mais surtout musulmans), le débat sur la "laïcité" à l'hôpital concernant les soins prodigués aux patients a donné lieu à certains "contresens".
Jusqu'à présent, l'hôpital était plutôt guetté par le risque d'une dérive "techniciste et organiste" : on y accueille et on y soigne une personne et non pas simplement une pathologie ou un organe. Les personnels hospitaliers, les soignants s'interrogent fréquemment sur ces questions et la Charte du patient hospitalisé (circulaire ministérielle du 6 mai 1995) sans faire office de bréviaire, a plutôt opportunément et correctement formalisé ces préoccupations, consolidées ensuite par la Loi du 4 mars 2002 sur les droits du malade.
Or voilà qu'en réaction à un risque (hypothétique ou avéré) de "débordement" religieux, se donne désormais libre cours un discours aux accents de laïcité fermée et crispée selon lequel le soin serait exclusivement physiologique et ne s'adresserait pas à un homme, à une femme, à un enfant, à un vieillard, dans la plénitude de sa personne, de ses idées, de sa culture, de ses croyances, de sa spiritualité, de son psychisme, de son "identité".
S'il est un lieu où s'est forgée et développée une pratique experte de ces approches du soin, c'est bien à l'Hôpital Avicenne – né Hôpital Franco-Musulman. Implanté au cœur d'un carrefour des migrations, des cultures, des civilisations et des religions, cet hôpital, au travers de ses équipes dans de nombreuses disciplines médicales, met en œuvre au quotidien le soin à la personne et non pas au malade désincarné. Bien évidemment, des questions liées aux pratiques religieuses, ou plus généralement aux croyances, se posent régulièrement. Elles font l'objet d'une écoute, d'un dialogue, d'une prise en compte et généralement, elles donnent lieu à une réponse qui intègre le soin et le respect de la personne sans que l'hôpital ait en quoi que ce soit sombré dans le fondamentalisme religieux ou soit devenu un champ clos de prosélytisme.
La Charte du patient hospitalisé dit-elle autre chose ? "Du respect de la personne et de son intimité : L'établissement de santé doit respecter les croyances et convictions des personnes accueillies. Un patient doit pouvoir, dans la mesure du possible, suivre les préceptes de sa religion (recueillement, présence d'un ministre du culte de sa religion, nourriture, liberté d'action et d'expression …). Ces droits s'exercent dans le respect de la liberté des autres. Tout prosélytisme est interdit, qu'il soit le fait d'une personne accueillie dans l'établissement, d'une personne bénévole, d'un visiteur ou d'un membre du personnel" (Extraits, VII).

A Bobigny, le 13 janvier 2004

* Directeur de l'Hôpital Avicenne (AP-HP), Bobigny, France

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