Association des Revues Plurielles (ARP) - Ecarts d'identitéZoom : la revue de presse sur un thème d'actualité
Association des Revues Plurielles






zoom

Mots et mémoires de l'immigration

janvier 2004

les articles du zoom| tous les zooms

zoom

....

Les mots du politique, du juridique et du médiatique : Vers une négativation de l'immigration

Christine BARATS
Confluences Méditerranée

Enseignant-chercheur, je travaille depuis plus de dix ans sur le traitement juridique, politique et médiatique de "l'immigration" en France. Je voudrais, avant de présenter certains travaux, revenir sur le terme "immigration".
L'immigration est un concept saturé, selon l'expression de Jean Leca (1990). Elle s'avère socialement produite et inscrite dans des contextes polémiques. Objet de nombreux discours , l'immigration a occupé et occupe une place importante du champ politique et social.
Elle exige un travail d'historicisation afin de mieux comprendre ce que parler veut dire en fonction des contextes sociaux et politiques.
Mes travaux s'inscrivent dans le champ de l'analyse de discours. J'examine les évolutions dans les textes et les discours : les évolutions discursives (changements de vocabulaire, changements terminologiques), les glissements sémantiques ou les changements d'argumentation.
J'essaie de comprendre la "circulation" de formules dans différents champs, par exemple le champ politique, le champ juridique et le champ médiatique.
Le langage, les mots dessinent des représentations qui sont autant d'indicateurs sur la façon dont on désigne l'Autre dans nos sociétés : l'étranger, l'immigré, celui qui est Autre.
Je me propose donc de vous présenter les principaux résultats des études que j'ai pu mener avec d'autres chercheurs, en particulier l'équipe du Céditec de l'université Paris XII. Ces travaux portent sur des textes, des discours que l'on pourrait qualifier de dominants dans les champs politiques, juridiques et médiatiques, compte tenu des lieux d'énonciation et de la position qu'ils occupent dans l'espace public. Ils ne présument en rien de la façon dont cette question est perçue par ceux qui sont désignés dans ces discours, ni de la façon dont les associations, les acteurs de la société civile l'abordent. Je travaille sur trois champs en particulier, à partir d'exemples issus de corpus :
-politiques (discours présidentiels 1981-1995),
-juridiques (évolution de la législation depuis 1945)
-et médiatiques (débats télévisés de 1996-1997)
Je montrerai comment depuis le milieu des années 1980, les mots pour désigner les étrangers en France tendent à indiquer une négativation de l'immigration (i.e. appréhendée de manière négative comme un problème) et comment l'évolution de la législation souligne un impératif de suspicion pour les étrangers hors Union européenne. De plus, dans les discours, une forme d'ethnicisation des rapports sociaux est observable, une essentialisation de la différence, une identité construite dans et par les origines. En d'autres termes, nous verrons comment le fait migratoire fonctionne comme un facteur d'ethnicisation (2).

Précision et remarque terminologique pour l'ensemble des corpus

Si le droit donne une définition précise au terme d'étranger (i.e.celui qui n'a pas la nationalité française), nous verrons comment dans les discours, les textes ou les débats, de nombreux termes ou expressions circulent et se réfèrent très rarement au critère juridique de la nationalité.
C'est une définition de celui que l'on voit, que l'on perçoit comme étranger qui se dessine.
Une même remarque terminologique peut être faite pour le terme "immigration".
Si ce terme désigne étymologiquement un "déplacement vers", il semble assigner une identité. Ainsi, Abdelmalek Sayad se demandait quand on cesse d'être un "immigré", en s'interrogeant par rapport à l'identité assignée (deuxième génération) des enfants d'immigrés.

Discours politiques, discours présidentiels : glissements sémantiques et principales évolutions discursives

Corpus : Toutes les interventions présidentielles depuis 1981 jusqu'à 1995.
Elu en 1981 (3), François Mitterrand a régulièrement abordé ce thème tout au long de ses deux septennats. Il avait d'ailleurs inscrit dans les 110 propositions de son programme, le droit de vote aux étrangers aux élections locales.
L'étude de son discours conduit à plusieurs remarques :
- Il faut souligner le poids de la fonction présidentielle sur son titulaire, avec une présence constante de référents symboles. En effet, tout au long de ces 14 années le Président se réfère à la République et à ses traditions : l'hospitalité et le respect de la loi. Les référents symboles sont liés à la fonction présidentielle et au rôle du chef de l'Etat qui est garant de la cohésion de la Nation. Sa fonction induit un discours qui se doit d'être consensuel, son discours répond donc également à une logique de consensus, indépendamment de la logique politique, polémique et communicationnelle (c'est-à-dire inscrite dans des logiques de communication politique donc de rapports de force).
Cependant, parallèlement à ce consensus sur les valeurs, les symboles, le discours présidentiel change et témoigne de la politisation de cette question, son inscription dans le champ politique.
- Schématiquement, de 1981 à 1983, l'expression "travailleurs immigrés" domine les interventions présidentielles. C'est également le cas dans de très nombreux discours au cours de cette période (Cf. Bonnafous pour la presse, j'y reviendrai), l'identité de l'immigré est associée à la question du travail. Le Président aborde cette question sous l'angle de la vie quotidienne en soulignant les difficultés, les problèmes rencontrés par les travailleurs immigrés (logement, vie quotidienne).
-A partir de 1983 (jusqu'en 1995), cette expression disparaît et se trouve remplacée par une diversification des désignatifs. Une constante émerge alors : celle de la référence au cadre juridique. La parole présidentielle articule ainsi la question du contrôle des frontières avec une présentation diversifiée des situations migratoires (étudiants, réfugiés, famille). Les désignatifs liés au travail cèdent la place à des désignatifs liés à des catégories administratives et juridiques (étudiants, touristes, visiteur, membres de famille, demandeurs d'asile, clandestins (4)). Il est intéressant de noter que la progressive disparition de l'expression "travailleurs immigrés" coïncide avec la progressive politisation du dispositif législatif. L'identité assignée aux étrangers devient juridique et liée à la détention (ou la non détention) d'un titre de séjour.
-A partir de 1983, l'expression "les problèmes des immigrés" change de sens. Ce glissement sémantique est capital, il n'est plus question des problèmes "rencontrés par" les immigrés, mais "générés par". C'est à partir de cette date que les discours rendent compte de la négativation de cette question, son appréhension en tant que problème (banlieue, insécurité…).
-L'approche des élections législatives de 1986 coïncide avec la constance de deux thèmes :
"l'immigration clandestine" et le "respect de la loi". Le "clandestin", "l'immigré clandestin" occupe une place importante. La référence à la légalité a pour corollaire l'illégalité et annonce une logique de suspicion dont témoigne l'évolution de la législation.
Ainsi, chaque législature va modifier l'ordonnance de 1945 à partir des années 1970-80. Depuis 1986, les lois sur l'entrée et le séjour des étrangers en France occupent une place très importante dans les débats politiques et parlementaires.
C'est ce que je me propose d'aborder à présent.

Discours juridiques, évolution de la législation depuis 1945 : vers un impératif de suspicion

Corpus : Etude de la législation sur l'entrée et le séjour des étrangers en France depuis l'ordonnance du 2 novembre 1945.
Sans présupposer des effets du discours juridique, j'ai examiné les principales évolutions du dispositif. Je souhaitais étudier la représentation de l'étranger au regard de la norme juridique. Comment la loi construit le "non national" et définit son ou ses statuts. Quelle est l'identité collective assignée aux étrangers résidant en France au regard de leur statut administratif ?
Je me suis intéressée à l'évolution de la législation sur l'entrée et le séjour des étrangers en France. Quelle est la représentation de l'étranger au regard de la norme juridique ?
Comment la loi construit le "non-national", définit son ou ses statuts ?
Nous privilégierons le point de vue de l'Etat.
Le terme "étranger" tel qu'il est défini dans l'ordonnance du 2 novembre 1945 désigne les personnes ne possédant pas la nationalité française.
Nous examinerons donc la construction identitaire liée à la détention d'un titre de séjour.
Il n'existait pas de règles spécifiques opposables aux étrangers avant le XIXème siècle (Lochack, Weil), seule l'expulsion, prérogative régalienne préexistait. Cette absence de dispositif ne présupposait pas absence d'immigration. Comme l'a souvent rappelé Dominique Schnapper (1991), la France est un pays d'immigration qui s'ignore.
Si le terme immigration apparaît dans le Littré en 1876, c'est en 1893 (9 août) qu'une loi s'intéresse au séjour des étrangers et à la protection du travail national. Il est mis en place un registre d'immatriculation des étrangers. La première carte d'identité d'étranger date de 1917 (décret du 21 avril). Les techniques d'organisation se mettent en place, mais c'est en 1932 que l'emploi des étrangers est limité.
Après Vichy, pour faire vite, c'est l'ordonnance du 2 novembre 1945 qui va constituer un cadre en matière d'entrée et de séjour.
Elle répond à trois logiques constantes dans ce domaine : politique; démographique et économique.
L'ordonnance définit trois types de cartes de séjour :
-carte de résident temporaire, un an (étudiants travailleurs saisonniers)
-carte de résident ordinaire, valable 3 ans et renouvelable (travailleurs, résidents)
-carte de résident privilégié, valable 10 ans et renouvelable.
La nature du titre de séjour, ses conditions d'obtention et de renouvellement sont autant d'indicateurs quant aux objectifs poursuivis par les pouvoirs publics.
Cette ordonnance a fait l'objet à partir de 1980 de très nombreuses modifications. Chaque législature va en effet modifier ce texte, ce qui correspond à plus de 25 modifications depuis 1945.
La première modification importante (5) date du 10 janvier 1980 et est à l'initiative de Christian Bonnet, ministre de l'intérieur. Elle introduit des notions absentes dans le texte de 1945, comme les garanties de rapatriement ou la rétention administrative. La non détention d'un titre de séjour devient un motif d'expulsion. Jusqu'alors seule la menace à l'ordre public existait.
L'alternance de 1981 va conduire à une modification du texte. Le 29 octobre 1981, Nicole Questiaux, ministre de la solidarité va abroger l'essentiel des dispositions de la loi Bonnet. Cette mesure juridique est également symbolique et tend à indiquer une rupture politique qui va se traduire trois ans plus tard par une simplification du dispositif.
Ainsi, en juillet 1984, la loi Dufoix (6) va simplifier les titres de séjour :
-carte de séjour temporaire d'un an,
-carte de résident, 10 ans.
Elle va également renforcer les garanties de séjour (7).
En 1986, la nouvelle majorité va modifier le texte (9 septembre 1986). Charles Pasqua, ministre de l'intérieur va multiplier les conditions à remplir pour bénéficier d'un titre de séjour. Par exemple, dans le cas d'un conjoint de Français, un an de communauté de vie est exigé avant de pouvoir prétendre à un titre de séjour. Les étrangers étant soupçonnés de pouvoir obtenir abusivement des titres de séjour, les conditions à remplir se multiplient. L'impératif de suspicion va se traduire par un durcissement du dispositif qui rend de plus en plus difficile l'obtention ou le renouvellement d'un titre de séjour.
La situation des étrangers est précarisée.
En 1988, après l'alternance politique, Pierre Joxe, ministre de l'intérieur, va abroger certaines dispositions de la loi dite "Pasqua". Cependant, certains indicateurs quant à la suspicion croissante à l'égard des étrangers demeurent, comme par exemple le nombre de conditions à remplir pour obtenir ou renouveler un titre de séjour.
L'alternance de 1993 va conduire à une nouvelle modification du dispositif. Charles Pasqua est à nouveau ministre de l'intérieur.
La suspicion se confirme : les demandes d'asile (à la suite des conventions de Schengen et de Dublin) ne sont plus systématiquement examinées par un Etat membre (en l'occurrence la France) si la demande a déjà été examinée par un autre Etat membre.
La procédure de délivrance des certificats d'hébergement s'est alourdie (aujourd'hui dénommé "attestation d'accueil").
Les possibilités d'obtention d'une carte de résident sont limitées. Tous ces points soulignent la mise en mots juridique de la suspicion. Le projet de loi Debré de 1997 va conduire à plusieurs mobilisations dont celle des cinéastes qui vont dénoncer le dispositif sur le certificat d'hébergement en soulignant la suspicion croissante à l'égard des étrangers et à l'égard de ceux qui hébergent des étrangers.
En 1997, la nouvelle alternance politique conduit à deux mesures symboliques. La première, comme en 1981, est une procédure de régularisation d'étrangers résidant en France mais sans titre de séjour. Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'intérieur, entend ainsi régler la précarisation des étrangers désignés par l'expression "sans-papiers". Depuis 1996, les "sans-papiers" se mobilisent pour obtenir la régularisation de leur situation administrative (8).
La deuxième mesure fait suite au rapport de Patrick Weil (1997). Il s'agit d'une nouvelle loi (11 mai 1998) modifiant le texte de 1945 et visant à abroger certaines dispositions introduites dans la modification de 1993. Le mouvement législatif qui s'est mis en place depuis 1986 indique cependant un durcissement des conditions d'obtention et de renouvellement des titres de séjour.
Après l'alternance de 2002, le nouveau gouvernement va à nouveau modifier symboliquement le texte de 1945. La loi du 9 juillet 2003, à l'initiative de Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, sera adoptée en première lecture à l'assemblée nationale.
Les conditions d'entrée et de séjour se durcissent, les modalités de renouvellement des titres de séjour également. En vingt ans, l'étude du dispositif sur l'entrée et le séjour des étrangers en France indique une suspicion croissante à l'égard des étrangers, mais aussi une juridicisation de cette question.
Nota bene : Depuis 1986, les modifications législatives sont toutes à l'initiative du ministère de l'intérieur ce qui est un signe d'une certaine approche de cette question, en particulier une approche que l'on peut qualifier de "policière", en terme de "contrôle".
Il est important de rappeler que l'importance de la détention ou la non-détention d'un titre de séjour est économiquement déterminée. En effet, comme le souligne Claude Marie Valentin (1988), le "clandestin" est une figure sociale à géométrie variable. D'abord associé aux succès économiques (souplesse, adaptation), il fut l'objet de toutes les critiques à partir des années 70 et de toutes les répressions à partir de 1990.

Discours médiatiques et ethnicisation des rapports sociaux : "les gens qui…"

Corpus : Débats télévisés de 1996 au moment du projet de loi Debré (certificat d'hébergement, mouvement dit des cinéastes, appel à la désobéissance civile/civique) et de 1997, au moment du projet de loi Chevènement.
Depuis le milieu des années 1970, le thème de l'immigration s'est peu à peu également imposé dans le champ médiatique. Le contrôle de "l'immigration" (i.e. le contrôle des entrées et des sorties des ressortissants étrangers) a conduit à des modifications législatives, comme nous l'avons vu, et aussi à des changements terminologiques dans le champ médiatique.
Simone Bonnafous (1991) qui a étudié la presse nationale au cours des années 1970 à 1980 a ainsi observé un emploi indifférent des termes "étranger(s)" et immigré(s)". Ces termes sont souvent employés comme synonymes, alors que le premier renvoie à la non-appartenance à la Nation et le second au fait migratoire. Un "immigré" peut bien sûr avoir acquis la nationalité française.
La question de l'immigration a d'abord été appréhendée, dans la presse, comme dans les discours politiques (Barats) ou syndicaux (Salem), par une approche en termes de travail. L'expression "travailleurs immigrés" est en effet dominante jusque dans le milieu des années 1980 , y compris dans l'Encyclopédie Universalis, (Cf. Dalhem). Cependant, l'expression "travailleurs immigrés" a peu à peu laissé place à une approche plus globale en termes de "immigration", puis "immigrés", "immigration clandestine" et "clandestins" (années 1980). Les années 1990 sont marquées par une juridicisation de cette question, c'est-à-dire par une importance de plus en plus significative accordée au droit. Le champ médiatique rend compte de la fréquence des modifications législatives.
Dans le cas des débats télévisés des années 1996 et 1997 (loi Debré et loi Chevènement), je me suis intéressée à l'implicite, à la façon dont on désignait ou ne désignait pas ceux dont on parlait. Je me suis intéressée à la façon dont on désignait celui qui était l'objet de ces discours sur l'immigration. J'ai ainsi étudié l'emploi de l'expression "les gens". Cette analyse m'a permis d'observer un certain nombre de glissements lexicaux et sémantiques. En effet, dans ces débats télévisés, les participants (aux horizons très variés) faisaient référence au critère juridique de la nationalité (les étrangers) puis abordaient parfois la question de l'origine, qu'elle soit géographique, culturelle, cultuelle ou liée à la couleur de la peau. Depuis, les années 1990, de nouveaux termes s'imposent qui rendent compte de ces glissements terminologiques entre situation juridique et référence à l'origine comme marqueur identitaire. "Clandestin(s)", "sans papiers", "arabe(s)", "maghrébins", "africains" sont désignés implicitement dans les discours par une série de glissements. C'est ce que j'ai observé en étudiant une dizaine de débats télévisés (Barats, 2001).
"L'origine", prétendument géographique est devenue centrale. Son importance juridique et symbolique témoigne d'une forme d'ethnicisation des rapports sociaux, car elle inscrit dans la durée un déplacement (i.e. le fait migratoire et parfois le prétendu fait migratoire dans le cas de la "deuxième génération"). L'"origine" fonctionne alors dans les discours comme un marqueur identitaire. Le fait migratoire fonctionne comme un facteur d'ethnicisation.
Comme le souligne Véronique de Rudder (1997) qui a étudié l'emploi de l'expression "deuxième génération", il s'agit "d'un mouvement idéologique qui procède à un arrimage définitif et totalement réducteur des deux termes "identité" et "origine"."
Cette agrégation de ces deux catégories "identité" et "origine", confondues au plan individuel mais aussi collectif, renvoie à une forme d'essentialisation de l'origine, c'est-à-dire une identité construite dans et par les "origines". "L'appel à l'identité et la référence à l'origine ne se situent pas dans un rapport de cause à effet. Ils sont pris ensemble et de façon indifférenciée dans un mouvement de l'intellect et de la sensibilité qui se cristallise en un mode d'interprétation essentialiste des réalités sociales" (De Rudder, 1997).
L'identité construite dans et par les origines permet d'employer des euphémismes pour le terme de "race" en lui substituant ceux "d'origine", de "culture" ou "d'ethnie".
J'emploie l'expression "ethnicisation des rapports sociaux" pour désigner ce phénomène.
En négatif, il est intéressant de noter que cette ethnicisation induit une conception ethnique de l'appartenance, à l'entité France (glissement du juridique à la question des origines).
Dans les débats télévisés de 1996 et 1997 consacrés à l'immigration, j'ai ainsi examiné la façon dont l'expression "les gens" était systématiquement employée et j'ai observé comment "les gens" étaient souvent implicitement désignés par une série de glissements. Le terme "gens" est flou et est employé très fréquemment. Son imprécision conduit à des processus de qualification, c'est-à-dire que son imprécision conduit à donner des caractéristiques sur les personnes ainsi désignées.
L'imprécision sémantique conduit à des qualifications. Le terme "gens" très présent dans les débats m'a permis d'examiner comment ne se dit pas l'ethnicité. L'étude de l'emploi de "gens" m'a permis d'étudier une mise en mots de l'implicite. Ceux qui sont désignés en fait lors de ces débats sur "l'immigration" ce sont des personnes dont le critère n'est pas la nationalité ou le déplacement mais la culture, le culte ou l'appartenance à une aire géographique.
Il s'agit des "personnes dites de couleur", "arabes", "maghrébins", "Africains" et "algériens".
L'étude de l'expression "les gens" dévoilait un implicite qui soulignait une ethnicisation, voire une racialisation de l'immigration. Le critère de la nationalité, appartenir à la nation France, était ici supplanté par un critère représentationnel, ethnique ou racial (Barats, 2001).
Dernière remarque : les émissions indiquent la politisation de cette question, sa publicisation. En effet, des émissions aussi différentes que "Bouillon de culture", le "monde de Léa", le "cercle de minuit", "public", ou "dimanche soir" collent à l'actualité, réagissent à chaud.
D'où l'importance de s'interroger sur ce que parler veut dire…
Christine BARATS, Université Paris V, Chercheur au Céditec (1)

1. http://www.univ-paris12.fr/www/labos/ceditec
2. De Rudder (1997), étude de l'expression "deuxième génération".
3. Symboliquement, après la loi Bonnet de 1980 qui précarise la situation des étrangers en France.
4. Plus tard désignés par l'expression "sans-papiers".
5. après la décision en conseil des ministres du 4 juillet 1974 de suspendre provisoirement l'immigration.
6. Georgina Dufoix est secrétaire d'état, ministère des affaires sociales.
7. Pour plus de précision, voir Barats, 1996.
8. Par exemple, occupation de l'église Saint-Bernard dans le 18ème arrondissement de Paris qui fera l'objet d'une importante couverture médiatique.

9260 articles sont disponibles en ligne à la lecture !

RECHERCHER UN ARTICLE

par mots cles
dans

par revue
numero

par auteur

lancer la recherche

© Africultures 2018