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Mots et mémoires de l'immigration

janvier 2004

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Mémoire éclectique

Dahmane Boukelif
A Littérature/Action (ex Algérie)

Chapitre 1
Les hirondelles se font belles dans les rues d'Alger. L'Algérie est dans l'urgence d'oublier et le devoir de mémoire. Se maquiller ainsi l'ardente sans oublier que l'homme n'est pas obligatoirement humanité.
La violence est un drame antique en Algérie. La mer est un interdit. La mer est un bateau. La mer est une mouette qui donne des invitations
De ma fenêtre de banlieue, j'envoie un baiser au loin, en l'air, suspendu ainsi une muse en attente de son bal musette.
Mon poème oscille entre le cri et la construction d'une utopie. Entre la critique et l'affirmation.
L'arbre et l'oiseau ne font qu'un. Le sédentaire et le nomade se marient. J'entends Barbara chanter "Un jour nouveau se lève…". J'entends les militances amoureuses.
Essayer de vivre au jour, la journée. Vivre comme une sentence bouddhiste "pour extraire de l'eau du désert".
Mon drapeau est une barque. Un radeau d'infortunes diverses. L'éternel retour de la révolution astrale. La beauté en attente d'elle-même. Dieu est un boxeur sonné. Sous les ponts je désignerai les clodos comme de nouveaux rois dans un carnaval rageur.
L'arbre est une page d'écriture. L'arbre a des plumes d'oiseaux.
Marseille a l'éros métèque comme fondateur. Brassens, le chômeur de longue durée plante ses mots dans le micro. Il arpente le langage de ses souliers usés. Il insulte le silence de son corps fractionné auxquels les tenants et les aboutissants l'ont réduit.
Le chiffre se met à jacter. Il joue son numéro à n'être plus un chiffre mais une parole qui doit assumer sa part utopique. L'étranger au monde moderne c'est le chômeur. Le sourire commercial exige du pognon. L'enfant du chômeur a un avenir truqué.
Des jardins luxuriants nés des caresses s'envole le cri libérateur. La Terre réclame son osmose avec elle-même. L'utérus mythique fait entendre la clameur de l'accès à l'existence.
Brassens fredonne "le Gorille" avant d'évoquer "les copains d'abord". Le volcan comme un feu longtemps braqué souffle par saccades de rap algérois. En Algérie, l'assassinat de l'enfant est le meurtre d'une nation toute entière. Abdelkader fume comme ça crache les fumées d'usine. Il a les veines colériques. Il ignore les 600 000.
Ouvrages brûlés de la bibliothèque d'Alger pendant la guerre. La mort du livre, c'est la mort de l'humain. Son destin est derrière lui, il a un passé, mais ni présent, ni futur. Puis ainsi qu'une terre gelée devenant source de voyance pour les amants, il débite des mots de vérité en des séquences balistiques. La bastos est la mesure de toute chose. Les mots d'Abdelkader sont de survie. Une flamme étoile filante souveraine, un feu permanent. Il décompte la fatalité qui plane. L'Algérie a banni ses mots utopiques. La France les a corrompus.
Seule une poignée de porteurs de paroles surgissent ici et là : Brassens est le frangin d'Abdelkader, qui est cousin de Cochise, l'indien zapatiste.
Les mots de ce dernier sont vieux et vigoureux comme le baobab. Ses mots sont ceux de l'oiseau, une autre histoire possible. Trop pauvre pour s'armer, il fait du mot son utopie immédiate. Je parle malgré le pruneau qui peut m'abattre.
Je suis déjà vainqueur. Mort, je volerai à nouveau, renouvelant mon plumage mais jamais mon bec. Ma bouche. Le mot qui me prolonge et me fraternise à l'autre. Un langage offrande, ainsi la Terre, accueil. L'hospitalité de la matrice fut au fondement primitif du langage. Avec l'oiseau en guise de chant de prière.
Chapitre 2
Je suis prince de la marge. J'ai l'hérédité du soleil et des ampoules de nuit.
Père, ta tombe est en Algérie mais ta demeure est en nous. L'Algérie de ta vieillesse ou celle de la richesse insultante, méprisante, sans pitié.
L'intégrité y était sacrilège : combattre les sortilèges de la corruption ; non tout le monde n'est pas corruptible. Des guerriers en transit sont verticaux. Ils cherchent l'ascension. Ce sont des passeurs de monde.
Mon père mort, je démultiplie mes paternités.
Christian Buono, combattant de la cause anticoloniale en Algérie ; il connut prison et clandestinité. Communiste babouche noire. Ecrivain, polémiste, son piano accordé au chant du monde, il ballade ses fougueuses colères dans les rues. Je peins des graffitis sur son passage.
Un autre père : Armand Gatti.
Anarchiste, résistant, poète, il échappe à la prise, dans une floraison de perspectives. Ses mots sont un voyage avec pour bagage de mémoire Auschwitz. "Le mot chient aboie-t-il" est le plus grand défi littéraire du 20ème siècle transmet-il.
Dans les camps de concentration les déportés étaient qualifiés de chiens et les chiens, vigiles, d'hommes.
Entendons nous le cri du déporté ?
Armand Gatti est un nomade enraciné dans son histoire fidèle à ses morts, ses fous, ses génies. 14-18, c'est la guerre de son père et de mon arrière grand-père, 36, c'est la guerre d'Espagne, le poète Lorca assassiné, les barricades de livres où des mots s'entrechoquent dans un fracas de vie et de mort. 39-45, le nazisme, l'irrationnel rationalisé du meurtre et cette question pour ce passeur de mots qu'est Armand Gatti : "le mot chien aboie-t-il ?" entendue comme l'obsession de l'expression artistique de notre siècle.
Un père, en hôpital psychiatrique, décédé depuis, metteur en scène d'un magnifique film : "Tahya ya Didou", Mohammed Zinet. J'étais aussi sur les traces de Kateb Yacine, né le 8 mai 45 à Sétif. Défaite du nazisme, répression féroce dans l'Est algérien. La suppression de l'horreur nazie n'entraîne pas de mise en cause du fait colonial. Le 8 mai 45, c'est la date de naissance de la future guerre d'Algérie. Mouloudji chante "le déserteur". Elise aime Areski. Nedjma est fille de française où se reflètent les éclats multiformes du "polygone étoilé". Nedjma, femme s'est métamorphosée en matrice d'un pays.
"Se taire ou dire l'indicible" écrit Kateb en écho à la question "le mot chien aboie-t-il ?".
Le choix est entre le silence et l'expression d'une impossibilité expressive. Peut-on dire le camp ? Peut-on dire la colonisation ? Le silence n'a-t-il pas gagné sa part de souveraineté ? Le défi doit être pourtant transmis. Peut-être le défi est cela même qui doit être transmis.
J'ai recherché Kateb Yacine pour lui parler de son pote Mohamed Zinet, son pote, interné en psychiatrie. Digne avec sa vieille chemise boutonnée jusqu'au dernier bouton. "L'eau qui coule est pure, l'eau qui stagne est boueuse" m'avait-il cité en guise de proverbe arabe. Ce créateur, briseur de stéréotypes, recevait peu de visites. Mes tentatives de rencontrer Kateb Yacine furent autant de rendez-vous manqués. Vous êtes mes morts et mes vivants sourcilleux, humbles et créateurs.
Vous êtes ma source de vie, ma source vivre. Ainsi mon père. Ainsi mon fils. Quand il me dira raconte vieux. A ce moment là il me faudra trouver les mots justes.
Chapitre 3
Les pronoms de la grammaire tracent les possibilités de la cité et ses limites.
Je-tu dialogue et fraternité
Il l'étranger, l'absolu.
Nous, la communauté.
Vous, la hiérarchie, la distance.
ILS, les étrangers.
Athènes, la démocrate et les métèques, ceux qui n'avaient pas droit de cité au sein du Nous.
Mais ce sont là des pronoms statiques, l'utopie dynamise la grammaire.
Je peux transformer IL en Tu. La fraternité n'est pas simplement un étant, c'est une action, une fraternisation. Pour une histoire de grammaire, Gatti est monté au maquis.
La grammaire sert à faire des dictées, on ne saurait masquer plus longtemps sa dialectique ouvrant sur un autre champ d'expériences.
Chapitre 4
Je fume un joint dans la cuisine ampoulée. La radio crache ses poumons artificiels. Le chanteur est dissocié de lui-même dans le disque. Mais les mots comme les morts échappent à la fatalité de l'objet ou du tombeau. Ils naissent deux fois au moins dans l'échange entre le livre et le lecteur, entre le disque et l'éditeur, entre la mort et les vivants. L'oiseau en Inde naît deux fois. Comme l'humain.
L'éclosion du vent fait danser la marée. Je m'habille de bateaux volants. De nécessité, je fais art. Les mouettes inventent des possibles, calligraphient des enjeux, télégraphient des horizons.
Je voudrais être ton rayon de soleil de minuit, lorsque tu te promènes sous les néons sans lumière. J'entends ta gloire défunte. Les Aurès, où tu naquis, région de bandits d'honneur et des premiers foyers de l'insurrection algérienne. Tu es parti sur une vision inachevée mêlant géométrie et politique, où tu mêlais, Père, Evariste Gallois et Marx.
La mathématique marxiste, celle de l'exploitation mais aussi celle de la post-exploitation, d'un futur prévisible, trop prévisible ?
J'aime tes militances amoureuses et tes voyances d'enfant tendre. Ton pays n'a jamais vécu, il est ainsi, la Beauté, la Bonté, Dieu et d'autres en attente de soi. Promesse funambulesque. J'évoque l'Algérie en accord avec son pluriel. Méfions-nous des pronoms : le Nous peut être fermé, exclusif comme il peut être inclusif, ouvert, une fraternité des Autres. Il y a entre ces deux Nous, la même différence qu'entre ceux qui se ressemblent et ceux qui se rassemblent.
L'arbre des identiques, les frères monuments comme dirait Kateb Yacine est calciné, l'arbre du rassemblement est celui de la résurrection de l'humain.
L'Emir Abdel El Kader médite des sourates coraniques "quiconque prie pour éviter l'enfer ou pour gagner le paradis n'est pas sur une juste voie", écrit-il en substance. Ce passé se murmure où Dieu aime les alcooliques, où la trilogie Moïse - Jésus-Christ - Mahomet co-existe.
Le murmure "l'eau qui coule, le vent qui agite le feuillage", musique perdure malgré la fatalité et la brutalité des siècles. La police des esprits précède la police des corps.
Le murmure est libre et ancestral.
Chapitre 5
Je fume un joint. En souvenir de la banlieue parisienne. En souvenir des toits d'Alger. J'essaie d'en guérir. Je me remémore Kalid, le dealer toxico, amoureux du feu désespéré de Jacques Brel, de la voix particulière de Dylan. Chit, héroïne, cachets, alcool tout était prétexte à s'expatrier l'esprit. Je l'évoque pour la première fois et mon oubli ressemble à du dépit amoureux. Sa rebellion : une grenade qui explose à la face de celui qui l'emploie. Sans issue. Sans passé. Présent consumé. Futur interdit.
Enfant des bidonvilles du silence. Il est temps de lever les voiles de la mémoire.
Enfant du silence, histoire de sang, de fichage, d'injustice, d'usine. Vie de bruits, de flingues, d'arnaques, la loi du silence, comme code. Mort de toxico, mort sous silence.
Pourquoi l'ai-je aimé ? L'ai-je accompagné dans ses défonces ? L'ai-je écouté dans sa fascination pour la mafia et les Palestiniens, des Arabes armés ?
Le fric est au bout du flingue. Intensité qui s'autodévore dans une fierté ironique.
Quand Kalid est mort, je n'étais pas présent à la levée du corps. Etoile filante, lumière des rades de solitude, de putes et de truands, lampadaires de projetant sur les murs d'usine, où le rare sublime côtoie le sordide, où la misère côtoie le billet facile, tu es une lune ardente brûlée sous la voûte d'une histoire cruelle.
La guerre d'Algérie est reconnue pour ce qu'elle a été, une sale guerre ; le progrès bien que lent est immense et il faut le saluer.
La France reconnaît sa responsabilité dans la déportation des Juifs, reconnaît le génocide des Arméniens, enfin nomme une guerre et donc reconnaît un autre, avec sa propre histoire et culture qui n'ont pas commencé en 1830.
Je ne peux que m'incliner devant de telles décisions, redonnant au politique sa dignité, et imaginer une vision dont il faut aider l'éclosion.
Le reconnaissance de l'autre ouvre un nouveau chemin où le polygone n'est plus une excroissance de l'hexagone mais ouvre un horizon, une mer commune où naviguent des arcs-en-ciel, où la pluie dessine des couleurs dans les nuages, où les bateaux sont toujours de retour.
Je suis né un 4 mars, le jour où un juste Larbi Ben Mehdi dont le nom de code était Hakim mourrait des suites de torture. Ma naissance prend racine à sa mort où celle-ci se métamorphose en jours vierges, où s'inscrit déjà la mémoire des ancêtres, l'hérédité hérétique. Mon père était un communiste algérien berbère. Ma mère est une chrétienne française. Impossible rencontre, je suis le fils d'"Elise ou la vraie vie". Impossible mon acte de naissance en 1960. Je suis une impossibilité vivante, mon éclosion se perd dans les déserts clandestins. Ma cousine c'est "Nedjma" et je m'acharne à construire un Toit commun. Je rebâtis une vieille demeure où s'accueillent des affluents. Je suis la possibilité d'une confluence. Je rêve d'une famille mixte où se rassembleraient ceux ayant vécu, grandi, été à l'école, travaillé, eu des enfants en Algérie et en France, s'adonnant à élaborer des ponts, des passerelles, des chemins, des sentiers, des lueurs, notre fierté et vigueur de tolérance. Un début de l'internationalité métisse. Humaine tout simplement. Le 4 mars décédait un résistant et naissaient des enfants marqués du sceau de la mort et d'une romance flamboyante.
La misère ne se clame pas, elle se mendie. J'avance dans la jungle de l'insignifiance.
L'éclat humain est solitaire, minoritaire, digne, redevable exception que confirme la règle. Il n'est est que plus précieux, c'est un éclat qui n'aveugle pas mais éclaire. Il illumine sans brûler.
Chapitre 6
Sur le quai deux amoureux laissent passer le train.
Il sera toujours trop tôt. Un murmure de soleil les berce. Yves Montand égrène une chansonnette. La nuit à l'insomnie. Je veille sur mes rêves, ils évoluent sur un fil mince qui finira bien par faire de l'acrobatie dans un cirque itinérant. J'écrirai des blues rachetant nos errances. La guerre est au coin du quartier. Une flamme fait un pas de danse sur l'eau. J'entends la sonnerie des troupes faire fructifier le magot. Le meurtre est le moyen de la censure. Le balayeur ramasse les mots écrasés par les matraques de nos pas. L'amour est arnaqué. L'espoir est une loterie. Je suis un fou de kif qui migre sur des pianos aériens. J'ai un singe sur l'épaule, ma révolte ressemble à une grimace médicamenteuse.
Chapitre 7
L'enjeu de l'écriture est de trouver sa langue dans le langage, de tracer sa tonalité subjective dans la communauté. Le langage est ascension mais aussi partage à l'origine. Hollywood se construit sur des miradors. Les USA sont une puissance guerrière en elle-même, dans ses fondations, et non pas par des circonstances de guerre froide. Je suis pour l'Amérique sociale avec Chaplin en tête de liste.
Chapitre 8
Je jongle. Je jungle. U métro à la main en guise de flingue. L'écho des coquillages ne cesse de me parvenir, offrant son éternité à qui sait écouter.
Le drame en Algérie c'est que le fils veut tuer le père, dans une rage cannibale. Que le poète se fasse vent de tous les mondes, de toutes les extases d'aimance. La rumeur marine, chargée de spermes et d'ovules, ensemence les voiliers rebelles.
Les droits humains ne sauraient se diviser. La guerre d'Algérie en fut le déni. Les droits humains sont le toit du monde et ses piliers. Ils sont la condition de l'éclosion des fleurs humaines. Mais les mots souffrent de répétitions mécaniques qui en font des mots sans sens, une invocation stérile où ils finissent par devenir absents d'eux mêmes.
Il fut un temps où la fraternité était un sentiment physique.
Chapitre 9
J'entends ton message de naïveté
D'yeux clairs et de clarté
Que fais-je de ta prière ?
Je me plante dans la gueule d'atmosphère
Je récupère les bouteilles jetées à la mer
Pour y mettre de l'alcool au goût amer.
Je est un jeu
TU est de feu
Ta patience est légendaire, ton impatience ardente
Je vois tes lampadaires, je risque la contredanse.
Dans ton ventre s'attend demain
Dans ton temple un dessin
Je vis dans la peur
D'entendre battre mon cœur.
Je parle d'éternité
A un voisin de palier.
La vie est fumée
La vie est enfumée
Je rêve d'un au-delà du comptoir
Et de ses déboires.
Je tente une fugue
Pour manger une figue.
Je composte ma résignation
Je dépose ta danse.
Chapitre 10
Je suis le réveil de la rosée
J'ai un moineau pollué dans la tête
Je suis un joueur de poker honnête
Dieu est présence sans contrainte
Mandela est un vieux lion africain
Un saxo arraisonne un port
Fleur de jasmin à la boutonnière
La guerre d'Algérie a ressuscité
Je prends le métro par la taille
La robe de la java dans un rai vengeur
Un chameau fait du stop
Pendant que Biskra chante l'Internationale.
L'âme d'un exilé est dans une valise
J'ai la larme ardente ainsi une flamme
J'ai la foudre animale
La mémoire hérétique
Les frangins en souvenir
Les caresses d'un été
Où soufflait le feu des anges
C'était l'Algérie
J'y étais heureux.
Une des extrémités de l'Afrique
Battait un tempo de fièvre
L'air marin à la terrasse d'un café.
ILS veulent nous faire naviguer à vue dans l'amnésie.
Des éclats de mosaïque fendent l'hiver.
Je m'arrime à la rime
La poésie ce n'est pas faire des poèmes
C'est un état.
A l'arrêt du bus, une belle endormie
j'ai un rayon de soleil en bandoulière
des lampions plein les mains en partage.
Un Touareg en mobylette
Panne d'essence dans le désert.
C'est par le langage que l'homme a accueilli l'homme.
L'Europe est encore en guerre.
L'Algérie vit un remake.
Kateb Yacine a fait de Nedjma sa cousine, la matrice
D'un pays à naître.
Aujourd'hui Nedjma, de cité se métamorphose à
Nouveau en femme.
Ma prière est une graine d'arbre.
Des aimances d'eau et de feu traversent ton ventre
Nous étions habillés de nos arcs en ciel :
Le fou et la mal aimée
Ont fécondé l'instant
Et proclamé la république des enfants
Anarchiste sans frontière
"La culture est une hypothèse" dirait Gatti.
Mon père était un communiste biskri intègre.
J'ai la sueur du coureur de fond
Une virée vers les mouettes
Je vis dans la durée d'un papillon
Je suis un kifomane orphelin.
Je m'épuise dans un double visage.
Le soleil se ballade en ondes légères
Le spleen se décline en feuilles mortes
Je redore de graffitis le front de libération de la
Bastille.
L'hérédité est une histoire qui se transmet.
"Pour une t.s voir l'h.p"
Derrières ces sigles "pour une tentative de suicide, voir
l'hôpital psychiatrique"), j'entrevois des chiffres
anonymes et carnivores qui tuent une seconde fois.
Mes ancêtres sont fichés
Mon écriture est née de ma lutte contre la séparation.
Une conscience mixte, et pourquoi pas ?
Pour ne plus ré-écrire la haine.
Le mot peut être discriminatoire.
Le mort originel est ascension partagée.
Il est hommage à l'hospitalité de la Terre.
Il y a le mot originel puis les mots de l'histoire.
Le Toit du Monde est à reconstruire.
Je suis un joueur, mettre mon destin dans la balance.
Je m'invente des virées qui sont à naître.
L'Afrique n'a cessé de chanter et de danser.
Je smoke un clope.
Pour oublier les éclopés de la romance.
J'improvise un état aux couleurs d'orange
Un était frais comme une sieste
Je musarde, je lézarde
Je flâne entre les murs de la destinée sociale
J'écarte l'impossible
La fatalité au bout du joint
J'en appelle à une mémoire dite
L'Algérie meurt de ses travestissements.
Je risque le funambulisme
Je tourne ainsi qu'un disque saoul.
Se réconcilier avec son pluriel
Avec ses ailes de panache
Vers la lumière qui pousse
Poussez-vous Monsieur
J'suis pressé d'être heureux
Je sors d'un écran de télévision
En costard pour faire taire ma rage.
Mon passé me poursuit comme une ombre
J'ai choisi l'absence fleurissant en silence.
Mon fils est seul.
Ma femme est seule.
Ma solitude éclabousse le voisinage.
Dérivant dans des extases artificielles.
Je disjoncte mes neurones
Pour oublier mon échec à l'autre.
Il faut toujours avoir un mot à la langue
Pour fleurir d'herbes folles le macadam et les gens de peu.
Je suis l'héritier de l'ancestrale révolte
Je me refuse au jour qui coule
Dynamitant ma tête de surplace chimique.
J'écris est un autre.
La loi comme enjeu d'humanité
Non pas papier quadrillé
Mathématiquement correct
Efficace ainsi qu'une ligne droite.
Pourtant j'ai le rythme qui danse
Sur des plages virginales de beauté
Je m'allonge sur le trottoir
Espérant un frangin de passage.
Je mise sur tes pas perdus
Revenus de tous les mirages
Qu'avec ta lucidité tendre
Tu m'accordes ton pardon.
"Tout juste cicatrisée la blessure
Il reste encore une éraflure"
Chante Lavilliers.
Je suis un chaman blessé
Un charlatan équilibriste.
J'écrirai la joie d'un swing
Où l'oiseau blanc
Joue du piano
Sur un disque de Billie Holliday.
Je m'envole
Sur ma lune
Aux lunettes noires :
une promenade ; une fenêtre.
Dahmane Boukelif

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