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octobre 2003

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L'épopée des Kurdes de l'East Sea

Drame en cinq actes

Solenn de Royer
Confluences Méditerranée - n°42

En février 2001, plus de neuf cents réfugiés kurdes, arrivés sur la côte varoise ont brutalement crevé l'écran des télévisions françaises. L'administration a réagi avec une célérité et une bienveillance inhabituelles. Les migrants, quant à eux, ont su jouer avec les stéréotypes en vigueur pour obtenir le meilleur statut possible.
Acte I. Le naufrage de l'East Sea

Le 17 février 2001, la nuit. Une nuit froide. Une nuit d'hiver. Un vieux vraquier rouillé, battant pavillon cambodgien, glisse sur une mer d'huile, au large des côtes du Var, au sud de la France. Quelques heures avant l'aube, il s'échoue entre les cailloux de la plage de Boulouris, près de Saint-Raphaël. Dans les cales de l'East Sea, plus de 900 réfugiés kurdes, dont la moitié d'enfants, sont pressés les uns contre les autres. Ils ont voyagé huit jours entiers, couchés ou debout, pataugeant dans un cloaque nauséabond. La nourriture et quelques bouteilles d'eau leur étaient jetées depuis le pont par des hommes en cagoule. Quand ils osaient se plaindre des conditions d'hygiène, les marins les menaçaient, en kurde ou en turc, de les jeter à la mer. Trois bébés sont nés au cours de la traversée, dans l'obscurité et la puanteur de la cale.
Deux heures avant l'échouage, une voix a réveillé les réfugiés : "Préparez-vous, on est presque arrivé". Plus tard, les 908 boat people ont entendu qu'on déverrouillait les portails de la cale, puis plus rien, jusqu'au bruit sourd de la coque raclant les rochers. L'équipage avait pris la fuite, abandonnant l'épave, les hélices en marche.
Vers 3 heures 30, une poignée de réfugiés se décident à quitter le bateau. Ils partent en éclaireurs. Sur la terre ferme, ces hommes affaiblis, en haillons, sonnent à la porte de la première maison qu'ils rencontrent sur la route de la plage : "On est dans un bateau, parviennent-ils à balbutier en anglais. Réfugiés. Appelez l'onu et la Croix-Rouge. Pas la police". L'alerte est donnée.

Acte II. Les boat people kurdes affirment qu'ils ont fui l'Irak de Saddam Hussein.

Samedi matin, la France découvre avec stupeur un phénomène qu'elle croyait réservé à l'Italie et à la Grèce(1). L'échouage de l'East Sea signe en effet le premier débarquement sauvage de clandestins sur les côtes françaises. Les médias se précipitent à Fréjus. Les politiques, inquiets ou perplexes, pèsent leurs mots. François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, estime dans un entretien paru dans Le Journal du Dimanche du 18 février qu'il faut "accueillir humainement" les Kurdes échoués sur la côte varoise mais "ne pas inciter à un trafic de main-d'œuvre et responsabiliser les pays d'origine". "Il ne faut pas, assure le premier secrétaire, leur donner l'illusion et l'espoir d'une intégration dans notre pays car ce serait une formidable incitation à tous les trafics". Invité le 17 février sur Europe 1, Philippe Seguin (alors candidat rpr à la mairie de Paris), affirme à l'inverse que la France doit considérer ces "pauvres gens" comme "des réfugiés". "Les gens heureux ne migrent pas", assure pour sa part le Professeur Marc Gentilini, président de la Croix-Rouge. Quant aux Français, 78% d'entre eux, selon un sondage csa réalisé pour Le Parisien-Aujourd'hui, estiment qu'il faut accorder le droit d'asile aux exilés kurdes.
Pendant ce temps, les secours s'organisent. Dès l'annonce de l'échouement du navire, le préfet du Var, Daniel Canepa, déclenche le Plan blanc afin de dégager les moyens nécessaires à l'assistance sanitaire des naufragés. Les réfugiés sont regroupés au 21ème régiment d'infanterie de marine basé à Fréjus. Près de 150 secouristes de la Croix-Rouge, venus de toute la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, assurent la gestion du camp de fortune.
Confrontées pour la première fois à l'arrivée massive d'étrangers en situation irrégulière sur le territoire, les autorités françaises sont placées face à un véritable imbroglio administratif et juridique. Dans un premier temps, le ministère de l'Intérieur choisit de suivre à la lettre la procédure d'admission au titre de l'asile(2), sollicitée par les Kurdes. Pour les naufragés de l'East Sea, le camp militaire de Fréjus fera donc office de zone d'attente. Le 18 février, une quinzaine de fonctionnaires de la Police aux frontières (paf), une trentaine de fonctionnaires des préfectures du Var, des Alpes-Maritimes et des Bouches-du-Rhône, ainsi que huit membres de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (ofpra) commencent l'audition des Kurdes. Avec l'aide d'interprètes - qui sont souvent des militants de la cause kurde -, ils consignent les identités des naufragés, ainsi que les raisons de leur demande d'asile.
Les Kurdes assurent alors aux autorités qu'ils viennent de la région pétrolifère de Mossoul, en Irak, et qu'ils ont fui les persécutions de Saddam Hussein. Beaucoup de ces réfugiés sont des paysans aisés. Ce n'est pas la misère qui les a fait fuir. En revanche, ils ont vendu tout ce qu'ils possédaient - maison, bétail, terrain - pour payer les passeurs : 2000 à 4000 dollars par adulte ; entre 1000 et 1500 dollars par enfant. Les premiers témoignages recueillis dans l'enceinte du camp militaire font état d'un climat de peur entretenu par des persécutions au quotidien, souvent liées à la confession yazidie(3), la plus vieille religion kurde. Leur expédition "pour l'Europe" avait été préparée de longue date.
Le 19 février, le parquet de Draguignan (Var) ouvre une information judiciaire. Les enquêteurs ne peuvent croire qu'une telle vague de défection au Sud kurdistan ait pu rester secrète dans une région aussi rurale. Cette interrogation nourrit l'hypothèse d'une complicité active des autorités irakiennes. Cette hypothèse est soutenue par les différentes associations kurdes de France, qui assurent que l'Irak "veut vider le Kurdistan". Pour d'autres, c'est la Turquie qui se serait rendue complice des passeurs. Selon cette deuxième hypothèse, les Turcs auraient ainsi voulu punir la France, dont l'Assemblée nationale venait de reconnaître le "génocide arménien".
Quoi qu'il en soit, certains interprètes ou bénévoles associatifs sont troublés par le flou savamment entretenu des premières déclarations "officielles" des naufragés. "J'avais le sentiment qu'ils récitaient une leçon et qu'ils se méfiaient des autorités françaises", reconnaîtra plus tard Catherine Cohen-Seat, militante de la Ligue des droits de l'homme à Nice.

Acte III. Munis d'un sauf-conduit de huit jours, les Kurdes tentent de quitter la France clandestinement

Soixante-douze heures après le naufrage de l'East Sea, et après deux jours de tergiversations politiques et administratives, le ministère de l'Intérieur renonce finalement à mener la procédure à son terme. Il annonce que chaque étranger se disant originaire du Kurdistan irakien se verra délivrer un sauf-conduit de huit jours. Les réfugiés peuvent donc se présenter en préfecture afin d'y retirer un formulaire de demande officielle d'asile. Les naufragés de l'East Sea sont libres. Ils peuvent quitter le camp militaire. Toutefois, si le sauf-conduit dont ils disposent leur permet de circuler librement en France, ce document ne leur donne aucun droit à séjourner dans un autre pays de l'espace Schengen, ni même d'y formuler une demande d'asile.
C'est pourtant ce que tenteront de faire les naufragés kurdes. Parmi eux, en effet, beaucoup veulent se rendre en Allemagne, où réside une importante communauté kurde, mais aussi en Suisse ou encore aux Pays-Bas. Petit à petit, seuls ou en groupe, les Kurdes "s'évaporent". La Croix-Rouge s'inquiète de les voir disparaître les uns après les autres, avec pour seuls bagages quelques sacs en plastique. Sous le nez des autorités et des bénévoles associatifs, le hangar militaire où sont hébergés les Kurdes depuis leur arrivée se vide. Dans le centre de Fréjus, les cabines téléphoniques sont prises d'assaut. Des voitures immatriculées outre-Rhin viennent rôder aux abords du hangar. Des taxis monnayent le passage de la frontière allemande.
Huit jours après l'obtention du sauf-conduit, les réfugiés sont déjà près des deux tiers à avoir pris la poudre d'escampette. Certains périples tournent court : la paf interpelle des familles entières, notamment à la frontière avec l'Allemagne. Cette dernière voit rouge. La Grande-Bretagne - qui craint de voir affluer les Kurdes de l'East Sea - prend les devants. Déjà échaudé par le centre de Sangatte(4), le ministre des Affaires étrangères anglais, Jack Straw, prévient que la Grande-Bretagne "n'hésitera pas à refouler les indésirables". Les Kurdes sont prévenus. Ils n'en ont cure. Ils continuent à quitter le camp de Fréjus, déterminés, sans états d'âme. Pour eux, la France n'est qu'un pays de transit. Les passeurs leur avaient promis l'Europe. Les exilés, souvent poussés par un projet migratoire précis, ajustent leur stratégie, et mettent tout en œuvre pour rejoindre le pays préalablement visé.
Tous ne choisiront pas la clandestinité. Parmi les naufragés, ceux qui restent dans le camp militaire de Fréjus sont pris en charge par les autorités. Le ministère de l'Emploi et de la Solidarité, avec le soutien de la Croix-Rouge et de la Sonacotra, recense les possibilités d'accueil dans toute la France. Quatre-vingt Kurdes partent ainsi pour Modane (Savoie), attendus par la Croix-Rouge. Candidates au départ, ces familles sont les premières à quitter officiellement Fréjus. D'autres suivront, dans des bus affrétés par les autorités. Destination : La Queue-les-Yvelines (Yvelines), Saint-Raphaël (Var), Carcassonne (Aude), Ambérieu (Ain), Manosque, Istres ou encore Villeurbanne (Rhône).
Le 1er mars, dans le bus qui prend la route d'Ambérieu, un vieux Kurde pleure en silence. Encore un départ, encore un exil.
Pour où ? Pour quoi ? De l'Ain, personne ne sait rien. "Je ne veux qu'une seule chose, vivre comme tout le monde", lance le jeune Naso, le front collé à la vitre du véhicule. Mais pour l'heure, il n'est pas encore permis de rêver. "Cessons d'avoir peur, lui rétorque sa mère, Hunave. Nous avons confié notre âme au destin".

Acte IV (coup de théâtre). La presse révèle que les Kurdes ont menti sur leur nationalité.

Le 20 avril, soit deux mois après le naufrage de l'East Sea, le quotidien La Croix révèle que les Kurdes n'étaient pas irakiens, comme ils l'avaient d'abord affirmé aux autorités françaises, mais syriens. La nouvelle était déjà parvenue aux oreilles des militants associatifs, occupés à l'installation des réfugiés dans les centres d'accueil et à la constitution de leurs dossiers de demande d'asile. Les militants de la Cimade (Service œcuménique d'entraide) et les équipes de Forum Réfugiés - qui accueille alors 50 Kurdes à Villeurbanne - organisent en hâte des réunions pour convaincre les Kurdes de dire la vérité sur leurs origines. En effet pour Olivier Brachet, directeur de Forum Réfugiés, "les demandeurs d'asile ne peuvent à la fois réclamer la protection de la France et se défier d'elle". Alerté, l'ofpra accepte de geler les convocations et d'attendre les modifications des récits.
D'après les naufragés de l'East Sea, soulagés de dire enfin la vérité, les passeurs n'auraient eu de cesse de leur répéter qu'ils devraient se déclarer irakiens dès leur arrivée en Europe. Les relations diplomatiques avec la Syrie étant sereines, ils craignaient que les autorités européennes soient peu enclines à accorder leur protection à des réfugiés syriens. En outre, les passeurs savaient que les demandeurs d'asile en France, même déboutés, ne peuvent être renvoyés dans leur pays s'ils viennent d'Irak, ce qui n'est pas le cas des Syriens. Les exilés kurdes assurent également ne pas avoir osé dévoiler leur véritable identité de peur des représailles sur leurs proches, restés en Syrie.
Selon un représentant des associations kurdes en France, les exilés craignaient aussi que l'opinion publique européenne ne soit pas suffisamment sensible "aux souffrances du peuple kurde de Syrie". De fait, il semble que les Kurdes de la communauté yazidie soient bien moins malmenés en Syrie qu'en Irak, même si les Kurdes syriens doivent faire face à la négation de leur identité et souffrent de discriminations. Selon le chercheur, maître de conférence à l'Ecole des Hautes études en sciences sociales (ehess), Hamit Borzalan, ces derniers ne sont pas soumis au processus d'arabisation, comme le sont les Kurdes du nord de l'Irak.
Partout en France, dans les centres d'accueil où ils sont hébergés, les Kurdes de l'East Sea reviennent donc sur leurs premières déclarations. Dans leurs seconds récits, ils assurent à l'ofpra qu'ils viennent en majorité d'une région frontalière avec la Turquie, au nord de la Syrie. De confession yazidie pour la plupart, ils sont partis, assurent-ils, à cause des menaces pesant sur eux et sur leurs familles. Certains affirment qu'ils sont des militants de la cause kurde dans le parti Yekiti (parti démocratique des Kurdes de Syrie) et qu'ils sont de ce fait harcelés par le parti de Bachar El-Assad. D'autres assurent être privés de la nationalité syrienne. En tant que Kurdes, ils sont considérés comme des étrangers et font l'objet de nombreuses discriminations.
La fuite de ces exilés kurdes aurait débuté à Damas. Ils seraient partis en bus et auraient fait halte dans un village juste avant de passer la frontière libanaise, à pied. Un deuxième bus les aurait ensuite conduits dans la banlieue de Beyrouth, où ils auraient attendu plusieurs jours dans un appartement qu'un passeur vienne les chercher. Un minibus les aurait enfin conduits à la mer. L'East Sea, tous feux éteints, les attendait, avec environ 150 personnes à fond de cale.
Bavé Kawa (littéralement : "le père de Kawa") est le premier des cinquante exilés kurdes accueillis à Villeurbanne à rompre la loi du silence. Il explique qu'il a menti par peur : "Les passeurs nous ont expliqué que si nous disions la vérité sur notre identité, la France nous renverrait en Syrie", indique cet ancien photographe de mariage âgé de 39 ans. "En revanche, se justifie-t-il, je n'ai pas menti sur la souffrance que j'ai décrite alors. J'ai seulement remplacé Damas par Bagdad, Bachar El-Assad par Saddam Hussein, et ma ville d'Amuda en Syrie par Mossoul en Irak. Car que ce soit dans l'un ou l'autre des pays, les Kurdes restent des opprimés".
Ce Kurde dit avoir fui la région d'Al-Jazira, au nord-est de la Syrie, parce qu'il ne supportait plus les politiques discriminatoires menées à l'encontre de la minorité kurde de Syrie. En tant que responsable régional du parti Yekiti, Bavé était spécialement menacé. Il affirme avoir été également privé de droits civiques. Ses enfants n'étaient pas enregistrés à l'état civil et son mariage n'était pas reconnu. A la fin de l'année 2000, explique-t-il encore, la politique du parti Yezidi s'est radicalisée. Une quinzaine de ses camarades ont été arrêtés par la police. Bavé Kawa n'avait plus le choix. Il a décidé de quitter la Syrie. Quand il a fait part de sa décision à ces proches, ceux-ci se sont effondrés : "Si tu pars, le gouvernement syrien aura gagné", ont-ils argumenté. Bavé le savait. Mais il ne voulait plus se battre. Il a négocié sa maison avec les passeurs qu'il a fini par vendre 8 820 euros. La vente de ses meubles lui a rapporté 2 520 euros, son caméscope 1260 euros et les bijoux de sa femme 3780 euros. Le prix de l'exil.

Acte V. Les Kurdes qui sont restés en France obtiennent le statut de réfugiés.

Les autres ont réussi à gagner d'autres pays européens.Plus d'un an après le naufrage du vraquier, Bavé Kawa est l'un des derniers Kurdes à être restés en France. Tous ceux qui ont déposé une demande d'asile dans le pays se sont vu accorder le statut de réfugiés, soit 89 d'entre eux. Eparpillés dans des centres d'hébergement, dans les Alpes de Haute-Provence, l'Aude, les Bouches-du-Rhône, le Rhône et l'Yonne, ils cherchent tous du travail et un logement. Ceux qui sont encore hébergés chez Forum Réfugiés à Villeurbanne suivent une formation rémunérée, entre 305 et 710 euros. Ils apprennent le français et s'initient à certains métiers manuels. Pendant ce temps, l'association négocie avec les bailleurs sociaux pour les aider à trouver un appartement.
Outre-Rhin, dans les rangs de ceux qui n'ont pas choisi la France, ces nouvelles font des envieux. De fait, au même titre que les exilés kosovars qui étaient arrivés en France en 1999, les Kurdes ont bénéficié de conditions d'accueil privilégiées par rapport aux milliers de demandeurs d'asile - 48 000 en 2001 - qui arrivent chaque année en France. Il y a trois ans, les Kosovars avaient reçu un titre de séjour d'un an. C'est mieux encore pour les Kurdes : 100% de ceux qui ont demandé l'asile en France se sont vu accorder le statut. Un taux exceptionnel quand on sait que seuls 17% des demandeurs ont obtenu le statut de réfugié en 2001.
Tous les demandeurs n'ont pas non plus la chance d'être hébergés dès leur arrivée en France. Dans le cas des Kosovars, puis des Kurdes, le ministère de l'Emploi et de la Solidarité a débloqué les places nécessaires, et ce en pleine pénurie des places en cada (Centre d'accueil pour les demandeurs d'asile). L'urgence humanitaire suscitée par l'arrivée massive des Kurdes syriens mais aussi la forte médiatisation du naufrage ont notamment conduit les autorités françaises à insérer les demandeurs d'asile dans un tel dispositif d'exception.
Quant aux passeurs, ils ont réussi un joli coup. Leur "test", selon l'expression employée par un ancien responsable au ministère de l'Intérieur, a réussi. L'opération "East Sea" leur aurait rapporté 18 millions de francs, moins le prix du vraquier (12 millions de francs), soit 6 millions de francs au final. Et si l'enquête a permis d'identifier le propriétaire du bateau, celui-ci n'a toujours pas été arrêté.
Au prix d'un voyage très risqué et effectué dans des conditions épouvantables, les réfugiés ont eux aussi atteint leurs objectifs. Ceux qui ont choisi la France ont obtenu le statut de réfugié politique et peuvent donc y vivre librement. Les autres semblent avoir réussi à rejoindre leurs familles ou leurs proches dans d'autres pays européens.
Quant à la France, si elle a accueilli généreusement les naufragés de l'East Sea, elle a pris soin de renforcer la surveillance de ses côtes. Les sémaphores de la Côte d'Azur - qui avaient été mis en sommeil pour des raisons d'économie budgétaire - ont été réactivés. "La France doit s'attendre à voir recommencer une telle épopée, estime l'ancien responsable au ministère de l'Intérieur, parce que la demande est toujours là".Rideau.
Solenn de Royer est journaliste au quotidien La Croix

Notes :
1. Ces deux pays sont en effet coutumiers de ce type d'arrivée. Le 25 décembre 1996, le Yoham, qui transportait des immigrés clandestins venus d'Inde, du Pakistan et du Sri-Lanka, fait naufrage au large de la Sicile. D'après le témoignage de rescapés, plus de 280 personnes auraient trouvé la mort. Le 4 mai 2000, en mer Adriatique, une vedette de la police italienne entre en collision avec un navire qui transportait des immigrés clandestins albanais. Treize d'entre eux sont tués dans l'accident. Le 1er janvier 2001, un cargo géorgien se brise sur des récifs, au large du littoral turc, en mer Méditerranée. Une soixantaine d'immigrés clandestins, venus du Bangladesh, d'Inde et du Pakistan, périssent.
2. Lorsqu'un étranger arrive en France par voie maritime ou aérienne et qu'il demande son admission au titre de l'asile, il est placé en zone d'attente, considérée comme territoire international, le temps pour les autorités d'examiner si sa demande d'asile "n'est pas manifestement infondée".
3. Les racines de la religion yazidie remontent avant l'islam. Les musulmans accusent les yazidis d'être des "adorateurs du Diable". En réalité, la doctrine yazidie est une déviance, une "hérésie" par rapport à l'orthodoxie musulmane sunnite. Elle puise un grand nombre de ses croyances dans des traditions antérieures à l'islam, principalement dans le zoroastrisme iranien, qui repose sur une théologie dualiste : il existerait un dieu du bien et un dieu du mal.
4. Le gouvernement français a ouvert en 1999 à Sangatte (Pas-de-Calais) un centre d'hébergement – dont la gestion a été confiée à la Croix-Rouge – afin d'accueillir les milliers de réfugiés – Afghans et Kurdes irakiens, pour la plupart – qui tentent chaque nuit de passer en Angleterre. L'existence de ce centre – qui fut ouvert pour des raisons humanitaires – est contestée par les Anglais qui accusent la France de faciliter l'immigration clandestine vers la Grande-Bretagne.

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