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Histoires d'immigrations

octobre 2003

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Pourquoi je me suis engagé

Antonio MINGUELA
Migrations Société - n°73

Immigré en France, venant de l'Espagne franquiste en 1963, l'arrivée dans le pays des droits de l'homme fut pour moi un grand saut vers la liberté. Trente-sept ans plus tard, je suis en mesure de faire une analyse critique de mon expérience syndicale, associative et du Conseil consultatif des étrangers (CCE) de Strasbourg.
Je suis un homme de gauche parce que je m'identifie pleinement aux valeurs de justice sociale et de démocratie que les idées de gauche incarnent, mais je ne milite pas dans les partis se réclamant de cette idéologie. D'ailleurs, à mon avis, dans leurs actions et leurs programmes, rien n'est fait pour mettre un terme à tout ce qui, quotidiennement, viole les principes républicains de liberté, d'égalité et de fraternité. Cette vérité peut, sur certains points, s'appliquer aux couches les plus défavorisées de la population française, mais elle devient une injustice criante lorsqu'on analyse les "droits" et les devoirs des travailleurs immigrés.
J'ai du mal à comprendre comment un homme politique démocrate et honnête peut, sans que cela lui pose un problème de conscience, admettre que plus de 10 % de travailleurs en France soient privés du droit de vote. L'argument, souvent avancé, selon lequel la naturalisation permet d'obtenir ce droit est le comble de l'hypocrisie. Les politiques savent bien que c'est la voie de l'arbitraire qui règne sur le chemin de l'obtention de la nationalité française, et non pas celle du droit, et ce sont finalement les Renseignements généraux qui décideront, sans aucune transparence, si tel ou tel individu a droit à la nationalité française.
Membre fondateur du mouvement associatif qui a conduit à la création du CCE, je ne m'étais pas présenté à l'élection du bureau avant mai 1997.
À cette date, je l'ai fait avec la conviction que c'était le moment de mettre sur la place publique le débat sur le droit de vote de tous les résidents étrangers aux élections municipales. À la veille de la reconnaissance de la citoyenneté de résidence pour les immigrés originaires de l'Union européenne, le moment de dénoncer l'injustice envers les travailleurs non communautaires était arrivé. J'ai présenté ma candidature à la présidence du CCE et j'ai été élu.
L'expérience a été enrichissante, tout en reconnaissant que le CCE n'est pas la seule manière de lutter pour l'élargissement de la démocratie locale. Il est un outil important qui nous a permis, à Strasbourg, de faire un grand pas en avant : vote symbolique, rencontre européenne sur le thème de la participation des résidents étrangers à la vie publique locale, actions et manifestations diverses réalisées avec succès et pertinence dans le contexte de nos revendications. Les médias ont été obligés de s'y intéresser, de parler de la citoyenneté de résidence et du droit de vote. Il y a eu un effet boule de neige auquel nous avons contribué et qui a poussé des personnalités politiques à prendre position. Toutes ces actions ont eu un fond pédagogique qui a contribué à la dédramatisation du débat sur le droit de vote des étrangers jusque-là considéré comme un sujet tabou. Il faudra continuer à battre le fer pendant qu'il est chaud.
Le mythe de la nationalité n'est plus un obstacle, le traité de Maastricht l'ayant aboli. L'Union européenne ne peut pas se borner à exclure du droit de vote aux élections municipales une population qui ne fera qu'augmenter dans les prochaines décennies, palliant ainsi le vieillissement dans nos pays et permettant à nos anciens une retraite digne. Le défi est de taille.
Saurons-nous intégrer ces travailleurs dont nous avons besoin dans le respect de la différence, de la tolérance, de l'appartenance nationale, avec la nécessaire insertion et l'obtention de droits démocratiques dans le pays de résidence ? Selon la réponse donnée à cette question, les immigrés extracommunautaires soutiendront ou non l'Union européenne. Une mauvaise solution à ce problème représenterait incontestablement un danger pour la démocratie. Intelligence, générosité et courage sont les clauses nécessaires pour la construction d'une Europe multiculturelle respectueuse des différences.
En ce qui me concerne, "mon" droit de vote, je l'utiliserai pour faire pression sur les politiques. D'ores et déjà, pour manifester ma solidarité avec les extracommunautaires, j'appelle à voter contre tous ceux qui ne sont pas pour le droit de vote pour tous les citoyens résidant dans nos villes.
Antonio Minguela, Ancien président du Conseil consultatif des étrangers de Strasbourg, municipales de concertation

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