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Après le choc des banlieues

février 2006

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Des "banlieues de L'europe" aux banlieues de l'hexagone

Le triomphe de la doctrine de "l'humanisme sécuritaire"

Vincent Geisser
Migrations Société - n°102

" Aujourd'hui nous vivons une immigration subie. L'objectif est de passer à une immigration choisie ".
Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, discours devant les préfets, 20 juin 2005.
" Lorsqu'on a l'honneur de posséder un titre de séjour, on n'a pas à provoquer de violences urbaines ! ".
Nicolas Sarkozy, "Questions d'actualité", Assemblée nationale, 9 novembre 2005.
" Le Maroc ne pourra pas résoudre le problème tout seul. Il ne pourra pas non plus être la poubelle de l'Europe ".
Mohamed Ibrahimi, préfet d'Oujda (Maroc), octobre 2005.

Rapprocher d'un point de vue analytique la gestion poli-tique des "banlieues de l'Europe" (1) de celle des quartiers dits "sensibles" de France et de Navarre apparaîtra à certains comme une démarche osée, sinon déplacée. Quoi de comparable, en effet, entre le traitement sécuritaire des migrants sub-sahariens qui attendent leur heure aux portes de l'Europe et celui des groupes sociaux résidant dans les banlieues aux portes de nos grandes villes ? Pourtant, à y regarder de plus près, cette comparaison n'est pas complètement dénuée de pertinence socio-logique. Depuis une quinzaine d'années, l'on peut ainsi observer un phénomène de convergence dans les représentations, les discours, mais aussi les pratiques institutionnelles et les politiques publiques au sujet de "populations" qui sont majoritairement perçues comme "allogènes" et donc porteuses d'une menace pour notre cohésion sociale : les premières, formées par les migrants subsahariens (originaires du Burkina Faso, de Côte-d'Ivoire, du Mali, du Niger, du Togo, du Sénégal…), qui appa-raissent aujourd'hui comme les "nouvelles classes dangereuses" à l'échelle de tout un continent (l'Europe), les secondes, cons-tituées des populations françaises et/ou étrangères héritières des migrations africaine, maghrébine, asiatique et turque, qui font figure de "nouvelles classes dangereuses" à l'échelle de toute une nation (la France).
Avant d'aller plus loin dans nos propos, nous souhaiterions donc énumérer brièvement ces éléments de convergence qui contribuent à définir une nouvelle doctrine de gouvernance sécu-ritaire en matière migratoire s'appliquant à la fois à l'échelle européenne et à l'échelon national et touchant des populations aux histoires de vie différentes. Pourtant, par les effets de discours et surtout les dispositifs institutionnels mis en place par l'Union européenne (UE) et les gouvernements nationaux (Allemagne, Espagne, France, Italie…), ces populations tendent à être amalgamées à travers la catégorie homogénéisante de "nouvelles classes dangereuses", avec en arrière-plan une politique de gestion de la frontière "externe" (Europe/Maghreb) et "interne" (centre-ville bourgeois/quartiers populaires).
Dans les deux cas (banlieues de l'Europe/banlieues de l'Hexagone), on relève une récurrence des visions binaires, voire manichéennes, opposant de manière réductrice bonne immigration/mauvaise immigration (2) et citoyens méritants/racailles-sauvageons (3), légitimant ainsi le projet d'instaurer progressivement une forme de tri sélectif, afin de séparer les "éléments récu-pérables", parce qu'utiles à la société, des "éléments irrécu-pérables", car foncièrement nocifs pour l'ordre social (4).
De là s'impose également l'idée d'établir un cordon sanitaire territorial pour isoler le bon grain de l'ivraie, se traduisant concrètement par la mise en place de "zones tampons", de "zones de filtrage", de "zones franches" entre les territoires perdus de l'Europe (Algérie, Maroc, Tunisie et Libye) et l'UE (5) d'un côté, et entre les " territoires perdus de la République " (6) (les banlieues) et les quartiers résidentiels de nos villes de l'autre (7).
Cette promotion d'une politique de "bonne gouvernance" (good governance) en matière migratoire n'est rendue possible que par le recours de plus en plus fréquent à une forme de sous-traitance sécuritaire. Aujourd'hui, les institutions européennes en appellent aux États du Maghreb et, dans une moindre mesure, aux pays balkaniques, pour jouer le rôle de "gendarmes", de "garde-frontières" de l'UE (8), tout comme sur le plan national français les pouvoirs publics cherchent à susciter des médiations sécuritaires "internes" aux banlieues, en instrumentalisant cer-taines associations de quartier, voire certaines figures civiles ou religieuses, comme les imams ou les présidents d'organisations communautaires (musulmanes, maghrébines, africaines ou autres), se donnant par là l'illusion de mieux contrôler ces " zones de non-droit " (9).
Loin de réduire les manifestations de violence "pure", ces politiques de sous-traitance sécuritaire contribuent, au contraire, à l'amplifier et à creuser davantage encore le fossé entre les professionnels de l'ordre public et les populations potentiellement visées (les nouvelles "classes dangereuses").
Certes, l'on assiste actuellement à une rationalisation et à une sophistication des techniques de maintien de l'ordre, des méthodes de fichage (la généralisation de la biométrie), des modes d'interpellation des supposés "délinquants", que ce soit aux frontières de l'Europe ou aux frontières de nos villes. Mais, en même temps, cette rationalisation de la violence dite "légitime", parce que monopole des États, produit de plus en plus de "dégâts" collatéraux, de blessures physiques et surtout d'humi-liation morale. Les nombreux rapports publiés par les associations des droits de l'homme et les organismes indépendants témoignent d'une dérive inquiétante tant à l'échelle euro-méditerranéenne (10) qu'à l'échelon national (11). Sur ce plan, il semble que l'UE s'oriente de plus en plus vers l'option d'une externalisation de la violence à l'égard des migrants et des réfugiés, ce qui lui permet de se décharger sur les pays tiers méditerranéens des éventuelles "bavures" en matière de répression.
La récente polémique maroco-espagnole en fournit une illus-tration parfaite : alors que la plupart des migrants africains avaient été blessés par des balles tirées par la Guardia civil espagnole, la campagne d'une certaine presse européenne a tenté de faire porter la responsabilité des dérives policières sur les seules forces de l'ordre marocaines, sous-entendant parfois l'idée que c'était presque "normal", puisque les Arabes avaient toujours développé un fort racisme "anti-Noirs" (12).
Ces usages récurrents de la violence "brute" s'accompagnent également de ce que l'on pourrait appeler le développement de la violence par les textes, à savoir l'édiction de circulaires, de règlements, de décrets, voire la promulgation de lois, qui visent à criminaliser les populations perçues comme potentiellement délinquantes (étrangers, migrants, réfugiés, individus et familles issues de l'immigration). La criminalisation par la "surproduction juridique" est incontestablement une tendance commune au trai-tement de l'immigration "clandestine", des demandeurs d'asile (auxquels on refuse souvent la reconnaissance de leur qualité de réfugié) et de la "question des banlieues" (13).
Force est de reconnaître que, désormais, les autorités préfecto-rales et consulaires ont à leur disposition tout un arsenal juridique et infra-juridique, dont la fonction première est de donner un "semblant légal" à des pratiques coercitives, leur permettant ainsi de "se couvrir" en cas de recours des victimes ou de leurs soutiens (14).
De même, dans les États du Maghreb on constate une tendance au "mimétisme juridique" dans un sens clairement répressif qui consiste à "calquer" et à importer tels quels des textes de lois européens. Le cas marocain est ici exemplaire de cette tendance des États maghrébins à se comporter en "bons élèves sécuritaires" de l'Europe : " La récente loi 02-03 relative à l'entrée et au séjour des étrangers au Maroc, à l'émigration et à l'immigration irrégulière est un des exemples des résultats obtenus par l'Union européenne à force de pressions. Le professeur Abdelkrim Belgendouz a dénoncé dans un de ses ouvrages consacré à l'étude critique de ce projet de loi le caractère foncièrement répressif de ces dispositions, en particulier avec les migrants dans le but de satisfaire aux exigences européennes : "Le projet de loi répond aussi, sinon à des injonctions, du moins à des attentes et à des conditionnalités extérieures […]. Il s'agit d'adapter la législation marocaine en matière de migration aux règles fixées par l'accord de Schengen, en cédant à la pression sécuritaire de l'UE qui a assigné au Maroc le rôle de gendarme de l'Europe en Afrique du Nord". Cette loi, adoptée en juin 2003, reflète parfaitement les législations restrictives des États européens, elle est notamment très large-ment inspirée de l'ordonnance du 2 novembre 1945 française, en particulier en ce qui concerne la création de zones d'attente et de centres de rétention " (15).
Ce mimétisme juridique (16) sécuritaire est aussi observable en Algérie, en Tunisie et surtout en Libye, où le caractère autoritaire des régimes politiques brise toute possibilité de contestation des atteintes aux droits fondamentaux des migrants et des réfugiés.
Corrélativement à la criminalisation des "délinquants migratoires" (ou perçus comme tels par les pouvoirs publics), l'on observe aussi une volonté des autorités de l'Union européenne et des pays tiers méditerranéens (Algérie, Maroc, Tunisie…) de criminaliser les organisations de solidarité et, d'une manière générale, toutes les initiatives qui viennent en aide aux migrants : criminalisation des associations de soutien aux demandeurs d'asile et aux migrants subsahariens sur le plan européen (17), mais aussi criminalisation des petites associations de quartier sur le plan interne, accusées de faire du " mauvais travail " et d'encourager des pratiques " illicites " (elles seraient les " complices objectives " des délinquants) (18).
Les nouvelles orientations sécuritaires des politiques publiques concourent ainsi à marginaliser et à délégitimer les initiatives autonomes, parce que précisément elles échappent au contrôle direct des autorités européennes et nationales, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes dans un contexte politique et économique "libéral" où la notion de "gouvernance" est devenue le nouveau réfé-rentiel de l'action politique. Mais, à ce niveau, il semble que la good governance trouve ses propres limites dans les impératifs sécu-ritaires qui constituent une autre manière d'invoquer la "raison d'État", mais cette fois-ci à l'échelle de tout un continent : la "raison de l'UE" tend à se substituer à la "raison des États", mais en reproduisant exactement la même opacité répressive au nom de la protection de l'ordre public européen.
Toutes ces évolutions semblent dessiner les contours d'une nouvelle doctrine de gouvernance européenne que l'on pourrait qualifier d'humanisme sécuritaire, même si la formule peut apparaître antinomique dans la mesure où elle combine des références explicites à l'État de droit (Rechtsstaat) et des logiques répressives, doctrine que l'on pourrait résumer ainsi : c'est pour le bien-être des migrants, des réfugiés et des populations des "quartiers" qu'il convient de leur appliquer des mesures sécuritaires. En somme, la répression institutionnalisée deviendrait une "autre manière" de se conformer à l'universalisme des droits de l'homme : nous vous réprimons pour votre bien !
À l'échelle des relations euro-méditerranéennes, les autorités de l'UE en appellent désormais à une collaboration de plus en plus active des États maghrébins - présentant la particularité d'être à la fois des pays d'émigration et d'immigration - et ceci afin de lutter plus efficacement contre les "clandestins" (les demandeurs d'asile étant abusivement assimilés à cette catégorie anxiogène fourre-tout) (19), et en leur faisant miroiter en échange une augmentation substantielle de l'aide au développement. Un tel chantage renvoie à l'expression d'un cynisme humanitaire qui consiste à conditionner les subventions aux pays tiers méditerranéens à l'acceptation de leur intégration progressive au dispositif sécuritaire européen (20). En deux mots, " pour recevoir nos aides, acceptez d'être nos vigiles ! ".
Sur le plan national, la normalisation sécuritaire des quartiers dits "sensibles" est de plus en plus légitimée sous couvert de la lutte pour l'égalité et contre les discriminations. Selon un processus com-parable à la gouvernance européenne, les pouvoirs publics français sont tentés de conditionner l'aide aux associations locales à leur participation active à l'œuvre de "pacification sociale" et au retour à la "normale" dans les quartiers.
Là aussi, l'on voit se développer un cynisme humanitaire, la lutte contre les discriminations étant présentée non pas comme une fin en soi, mais d'abord comme un moyen pragmatique de rétablir l'ordre public dans les " zones de non-droit ". C'est préci-sément le sens du message du ministre de l'Intérieur et, d'une manière générale, des institutions publiques en direction des popu-lations des quartiers perçues comme "populations à problèmes" : " Derrière la lutte sans répit que je livre à la violence, il y a une certaine idée de la liberté et de la citoyenneté. Car on ne peut construire son existence et s'épanouir en collectivité lorsque l'on vit avec la peur au ventre. Cette lutte contre la violence, elle est engagée partout sur notre territoire, parce que vivre tranquillement et sereinement n'est pas le privilège de quelques-uns. Pendant des décennies, on a laissé pourrir la situation en certains endroits, par peur, par attentisme, mais aussi par dévoiement intellectuel. Au prétexte qu'il y avait des difficultés sociales, on a laissé entendre que la délinquance pouvait être excusée, voire même justifiée. C'est ainsi que des zones de non-droit se sont propagées, des zones au sein desquelles la culture de la violence s'est imposée sur celle du respect " (21).
En définitive, si la comparaison entre la gestion sécuritaire des "banlieues de l'Europe" et celle des banlieues de l'Hexagone apparaîtra à certains comme "réductrice", voire "provocatrice", il est difficile néanmoins de ne pas voir une réelle convergence dans les manières de penser et de mettre en œuvre concrètement l'action publique. À ce titre, les politiques migratoires qui, jusqu'à présent, faisaient figure de "portion congrue" des politiques publiques européennes et nationales, sont susceptibles de devenir des terrains d'expérimentation et des laboratoires d'application de ce nouvel humanisme sécuritaire. Ce dernier ne touche plus exclusivement les migrants, les réfugiés et toutes les catégories réputées "anxiogènes", mais aussi des secteurs de plus en plus larges des populations vivant paisiblement dans les frontières de l'Europe. Aussi n'est-il pas exagéré de penser que, dans les années à venir, le destin politique des "citoyens européens" se décidera à Ceuta et Melilla (22).
Marseille, le 28 novembre 2005

1 Bien que l'appellation "banlieues de l'Europe" s'applique à l'ensemble des pays qui ont une frontière terrestre ou maritime avec l'Union européenne et qui sont une sorte de version moderne des "marches" de l'empire carolingien, nous nous référons ici aux pays du Grand Maghreb qui servent de voie de passage pour les migrants de l'Afrique subsaharienne qui tentent d'arriver en Europe : Maroc, Algérie, Tunisie et Libye.
2 " Privilégier une immigration de travail, adaptée aux besoins de notre marché, suppose aussi de mieux réguler l'immigration familiale. Aujourd'hui, moins de 5 % des immigrés viennent pour répondre à des besoins précis de l'économie, ce qui n'empêche pas les autres, issus de l'immigration familiale, de peser sur le marché du travail. 20 % des étrangers en France sont au chômage, et il n'y a aucun sens à faire venir des masses de migrants si on ne peut leur proposer ni emploi durable ni logement décent pour éduquer leurs enfants. L'immigration familiale est en outre à l'origine de nombreuses fraudes. Je vous demande donc d'être particulièrement attentifs au respect des règles qui conditionnent le regroupement familial ", Nicolas SARKOZY, ministre de l'Intérieur, discours devant les préfets, Place Beauvau, Paris, 9 septembre 2005, consultable sur le site officiel du ministère de l'Intérieur, www.interieur.gouv.fr
3 " Les Français en ont assez des "petites terreurs" qui leur rendent la vie insupportable […], qui ne vivent que de magouilles et de trafics et qui continuent à afficher leur mépris de l'autorité et de la règle. Ils en ont assez des familles à problèmes que tout le monde connaît mais que personne ne veut voir. Je vous ai donné des moyens, utilisez-les ", Nicolas SARKOZY, discours devant les préfets, 9 septembre 2005, ibidem.
4 Un fait à lui tout seul permet de souligner l'inanité de l'amalgame "populations immigrées ou d'origine immigrée = émeute" : l'absence d'"émeutes" au sein même des grandes villes, notamment à Paris, où des quartiers comme la Goutte d'Or et Château Rouge ont une population majoritairement étrangère ou d'origine étrangère, qui subit les mêmes discriminations que celles dont sont victimes les populations des banlieues pauvres.
5 " Sous des appellations diverses telles que "guichets européens" ou "portail de l'immigration", "centres de transit" ou "d'accueil", l'idée est de créer dans les pays de transit des centres où les migrants et les demandeurs d'asile verront leur demande traitée puis seront soit réinstallés dans un autre pays, soit refoulés ", WENDER, Anne-Sophie, La situation alarmante des migrants subsahariens en transit au Maroc et les conséquences des politiques de l'Union européenne, rapport pour la CIMADE, octobre 2004, consultable sur le site www.cimade.org
6 Voir l'ouvrage qui a vulgarisé cette formule, en jouant très largement sur la représentation fantasmatique des banlieues "en sécession" : BRENNER, Emmanuel (sous la direction de), Les territoires perdus de la République : milieu scolaire, antisémitisme, sexisme, Paris : Éd. Mille et une Nuits, 2004, 238 p.
7 Cf. BROUTE, Rémy, "La banlieue scindée en zones franches", L'Humanité du 29-3-1996.
8 " Des mesures de grande fermeté ont déjà été prises grâce à la diligence du Quai d'Orsay. Il faut mettre fin rapidement à une situation inacceptable sur le plan du droit international où le principal obstacle à l'éloignement des étrangers en situation illégale provient du manque de coopération de quelques consulats étrangers. J'ai obtenu de mes homologues du G 5 que cette question soit désormais traitée dans ce cadre, qui est dans mon esprit la première étape d'une généralisation à toute l'Europe. Nous allons définir, à cinq, une liste de pays dont la coopération sera tout particulièrement sollicitée ", Nicolas SARKOZY, discours à la première conférence préfectorale et consulaire sur l'immigration, Marseille, 11 juillet 2005, www.interieur.gouv.fr
9 Voir le texte de la fatwa publiée par l'Union des organisations islamiques de France : " Tout musulman vivant en France, qu'il soit citoyen français ou hôte de la France, est en droit de réclamer le respect scrupuleux de sa personne, de sa dignité et de ses convictions et d'agir pour plus d'égalité et de justice sociale. Mais cette action, qu'elle soit entreprise de façon concertée ou spontanée, ne doit en aucun cas se faire en contradiction avec les enseignements rappelés et le droit qui gère la vie commune ", UNION DES ORGANISATIONS ISLAMIQUES DE FRANCE, "Fatwa concernant les troubles qui touchent la France", 6 novembre 2005, consultable sur le site www.uoif-online.com. Pour une critique musulmane de cette fatwa, voir le texte anonyme "La 'fatwa'hallucinante de l'UOIF", 7 novembre 2005, www.oumma.com
10 " L'ensemble des atteintes aux droits et à l'intégrité physique perpétrées au Maroc à l'encontre des migrants subsahariens est très révélateur des pressions de l'Union européenne sur le gouvernement marocain pour l'inciter à renforcer le contrôle des frontières ", WENDER, Anne-Sophie, La situation alarmante des migrants subsahariens en transit au Maroc et les conséquences des politiques de l'Union européenne, rapport pour la CIMADE, octobre 2004, consultable sur le site www.cimade.org
11 " La CNDS a mis en évidence, depuis quatre ans, des pratiques récurrentes dans les dossiers traités, qui l'ont conduite à s'interroger sur la part des discriminations dans les manquements à la déontologie constatés. On observe, au fil des auditions, une augmentation des cas où la discrimination est en cause, mettant en scène les forces de l'ordre face à des populations "visibles" (étrangers de couleur, jeunes issus de l'immigration maghrébine et sub-saharienne, Français des DOM-TOM, gens du voyage) ", COMMISSION NATIONALE DE DÉONTOLOGIE DE LA SÉCURITÉ, Rapport annuel 2004, remis au président de la République le 18 avril 2005, p. 494.
12 Cf. LAHLOU, Mehdi ; BEL GUENDOUZ, Abdelkrim, Document à l'attention des associations partenaires au sein de la Plate-forme migrants et des associations de droits de l'homme et de défense des migrants, Rabat, 20 septembre 2005.
13 Pour une illustration récente, se reporter notamment aux dispositions des décrets du 8 novembre 2005 (n° 2005-1386 et n° 2005-1387) relatifs à l'application de la loi du 3 avril 1955 (déclaration de l'état d'urgence), www.interieur.gouv.fr
14 Nicolas Sarkozy déclare ainsi : " Il vous faut aussi ne pas hésiter à utiliser toutes les marges de manœuvre autorisées par la loi. Elles sont réelles. Vous devez ainsi faire usage des pouvoirs que vous donne le code de l'entrée et du séjour des étrangers, quelles que soient les sollicitations locales. Je vous demande de savoir résister aux pressions de tels ou tels "collectifs" ou "coordinations", qui ne représentent qu'eux-mêmes ", Nicolas SARKOZY, discours devant les préfets, Paris, 9 septembre 2005.
15 WENDER, Anne-Sophie, La situation alarmante des migrants subsahariens en transit au Maroc et les conséquences des politiques de l'Union européenne, rapport pour la CIMADE, octobre 2004, consultable sur le site www.cimade.org
16 Il convient de souligner que la seule "fermeture" des frontières européennes est déjà une terrible pression exercée sur ces "banlieues" de l'Europe. Rappelons à ce sujet ce qui s'est passé à la fin des années 80, lorsque certains États ou assimilables qui accueillaient un nombre très important de réfugiés khmers et vietnamiens en transit - la Thaïlande et Hong Kong entre autres - sont devenus de plus en plus répressifs à l'égard des réfugiés à partir du moment où les gouvernements des pays "occidentaux" riches ont décidé d'être moins "généreux" en matière de réinstallation de ces populations réfugiées.
17 Au Maroc, la CIMADE et Amnesty International pointent la répression dont sont victimes les associations locales de soutien aux migrants et aux réfugiés subsahariens. On peut lire ainsi dans le rapport de mission : " D'autres messages sont envoyés aux associations pour les dissuader d'aider ces populations : l'AFVIC [Amis et familles des victimes de l'immigration clandestine] et d'autres associations membres de la Plate-forme migrants ont acheminé en avril dernier plusieurs tonnes de vivres dans les forêts de Bel Younes et Gourougou. Des descentes de police ont été déclenchées dès le lendemain dans les campements afin de réquisitionner cette aide ", WENDER, Anne-Sophie, La situation alarmante des migrants sub-sahariens en transit au Maroc et les conséquences des politiques de l'Union européenne, rapport pour la CIMADE, octobre 2004, consultable sur le site www.cimade.org. Sur le même thème, voir aussi le communiqué de presse du bureau européen d'Amnesty International, 26 octobre 2005, et le rapport de l'APDHA (Association andalouse pour la défense des droits de l'homme), Rapport sur les violations des droits de l'homme des personnes migrantes d'origine subsaharienne en transit au Maroc, Séville, octobre 2005.
18 Devant les nouveaux adhérents de l'UMP, Nicolas Sarkozy déclarait : " La première cause du chômage, de la désespérance, de la violence dans les banlieues, ce ne sont pas les discriminations, ce n'est pas l'échec de l'école. La première cause du désespoir dans les quartiers, c'est le trafic de drogue, la loi des bandes, la dictature de la peur et la démission de la République ", Nicolas SARKOZY, discours du 19 novembre 2005, cité par RIDET, Philippe, "M. Sarkozy durcit son discours sur les banlieues", Le Monde du 22-11-2005.
19 Sur la dénégation de plus en plus fréquente du statut de "réfugié", voir les conclusions de la mission d'Amnesty International : " Amnesty International constate que même la mission technique de l'UE envoyée récemment dans cette zone a reconnu l'absence d'une protection adéquate des réfugiés au Maroc. La mission de l'UE a été informée de ce que ce manque de protection avait conduit au refoulement par les autorités marocaines de demandeurs d'asile et de personnes déjà reconnues comme des réfugiés par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ", Communiqué de presse du bureau européen d'Amnesty International, 26 octobre 2005.
20 Pour un dossier complet sur ce thème, nous conseillons la lecture du dossier paru dans la revue Maghreb-Machrek : BENSAAD, Ali (sous la direction de), "Marges et mondialisation. Les migrations transsahariennes". Maghreb-Machrek, n° 185, automne 2005.
21 Nicolas SARKOZY, discours à Corbeil-Essonne, 20 octobre 2005.
22 C'est le sens de la déclaration du ministre de l'Intérieur Nicolas SARKOZY qui vante l'efficacité de la politique sécuritaire en matière de refoulement et qui veut en faire un "modèle" pour la réforme de l'État : " Depuis 2002, les chiffres de l'éloignement sont en constante augmentation. 10 000 éloignements en 2002, près de 12 000 en 2003, plus de 15 000 en 2004. Dans les cinq premiers mois de 2005, nous avons procédé à 7 885 éloignements, soit une progression de 22 % par rapport à la même période de 2004. La mise en place de pôles d'éloignement autour des préfets constitue à cet égard un réel succès, qui servira d'ailleurs de modèle pour d'autres actions de réforme de l'État ", Nicolas SARKOZY, première conférence consulaire et préfectorale sur l'immigration, Marseille, 11 juillet 2005.

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