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Sur le sentiment amoureux

octobre 2005

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Cette Algérie féminine

Étoiles d'Encre - n°3

Je voudrais me fondre en toi comme me fondre en ce pays. Je voudrais parler arabe rien que pour cela. Me fondre en ce pays parce que tu en es sortie et que, pour moi, il me faut une nouvelle base, une nouvelle terre, un nouveau sol pour pouvoir aimer. Et toi, tu m'offres tout cela et bien plus. Ne serait-ce qu'une Algérie que je n'aurais jamais connue sans toi et que je cherche confusément depuis l'adolescence. Cette Algérie féminine qui éclaire d'un tout autre jour l'Algérie du dehors.
Que l'on est loin des histoires de papiers, de certificats et autres preuves ! Je rêve d'une vie où nous ne serions plus soumis à toutes ces contraintes qui nous bloquent. Mais les contraintes subsistent d'une manière ou d'une autre.
J'ai envie, j'ai besoin que nous soyons vraiment, profondément convaincus que nous sommes faits pour vivre ensemble ici. Je pensais tout à l'heure que le vrai problème est de sentir les gens. Il faut tant d'efforts pour les bien sentir. Après, il reste peu d'énergie pour agir, mais c'est se sentir près des gens qui est important surtout lorsqu'ils sont d'ailleurs, autre milieu, autre pays. L'anti-exotisme en quelque sorte : se sentir chez soi là où on est étranger.
Hier soir je ne pensais plus à rien de ce qui nous entourait. Plus à rien qu'à nous, peut-être parce que ce "nous" est si menacé. Si nous devions renoncer, je ne pourrais plus jamais pardonner à qui que ce soit. Deux si petits êtres, apparemment si loin et si foncièrement proches. Deux petits êtres faibles parce qu'ils se sont crus trop forts, parce qu'ils ont eu trop de courage.
Nous avons voulu souffler trop tôt parce que sans un mot, sans un geste, rien qu'un regard, rien qu'un sourire, nous nous comprenions. Parce que bien avant de nous connaître nous regardions dans la même direction; parce que, pour nous, la déraison était possible, fondait nos espoirs. La raison était pour les autres.
Les contradictions que tu portes en toi, que nous portons en nous, celles qui nous meuvent pas celles qui paralysent, sont tellement identiques que parfois je me demande si nous ne les avons pas construites ensemble. L'enthousiasme pour être près de ceux qui veulent édifier ce pays et puis la volonté de ne pas être dupe, de ne pas être victime. Un sentiment de libération : la spontanéité, l'élan brutal, neuf, éclairant et puis ... la réalité grise..
Je crois que jamais nous ne serons tranquilles, au sens commun du terme : stabilité, pavillon, télé et pantoufles. J'ai des tas de projets fous dans la tête, des tas d'idées baroques pour toi, pour des tas de choses. Et le monde qui tourne de plus en plus vite et tant de temps perdu et tant de choses oubliées autour de nous.
Je voudrais encore te dire que ce qu'il y a de meilleur en moi ne peut s'épanouir sans toi; que mon coeur est une graine et toi tu es l'eau. La graine ne poussera pas sans eau et la terre, c'est notre terre d'Algérie - et poussons l'allégorie - à quoi servirait l'eau sans la graine ? si ce n'est à user le sol, à user la terre ... et même si on me retirait la terre, même si on me retirait tous les droits, je ne cesserai de te dire : je t'aime.
Extrait de Vivre un mariage mixte en Algérie de Behja Traversac

texte qui a été ensuite publié dans un livre "La graine et l'eau" aux éditions Le ventre et l'œil.

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