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Edito

Frédéric Tiberghien
Accueillir - n°243

contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, régulariser des étrangers en situation irrégulière peut être bon pour la démographie, l'emploi, la croissance économique, l'équilibre des comptes sociaux et la réduction du déficit budgétaire…

Le Ssaé a réuni en septembre, au toit de la Grande-Arche, les acteurs français et européens de l'immigration, acteurs institutionnels, politiques et associatifs avec des chercheurs et des universitaires.
Cette journée de réflexion a été l'occasion de mettre en évidence, à travers le prisme des questions de migration, les principaux problèmes rencontrés par la société française, en donnant la parole aux différents acteurs publics des politiques d'immigration des trente dernières années. Complétés par l'intervention de spécialistes de la communication qui ont éclairé le rôle et l'évolution des opinions publiques. Nous avons enfin identifié les nouveaux enjeux auxquels sont confrontées les politiques actuelles (Europe, francophonie, gouvernance mondiale). Ce numéro d'Accueillir reprend dans ses rubriques "institutions" et "internationale" nombre de ces questions.

Quelles leçons tirer de ce colloque ?
La situation actuelle n'est guère satisfaisante dans neuf domaines où des correctifs ou des approfondissements doivent être apportés. Ce sont autant de phares pour guider nos travaux à venir.

La capacité d'accueil d'un pays doit-elle être érigée comme une contrainte pour les politiques d'immigration ? Les explications données lors du colloque et dans ce numéro convainquent du contraire.
Une politique migratoire doit conserver de la souplesse et de la flexibilité, surtout lorsque, comme chez nous, les entrées se font majoritairement en situation irrégulière. En clair, il faut préserver une large faculté de régularisation, soit à titre individuel avec un risque d'arbitraire et d'inégalité de traitement parfaitement identifié, soit à titre collectif.
Cette capacité de régularisation individuelle existe quant à l'accès au séjour. Elle va être supprimée quant au regroupement familial par le projet de loi en cours de discussion au Parlement. C'est une faute grave.
La capacité de régularisation à titre collectif tétanise nos dirigeants politiques. Cet instrument est utile et correspond, dans certaines circonstances, aux intérêts bien compris du pays. Nous devons donc éclairer l'opinion publique et nourrir le débat public français à la lueur des expériences étrangères : contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, régulariser des étrangers en situation irrégulière peut être bon pour la démographie, l'emploi, la croissance économique, l'équilibre des comptes sociaux et la réduction du déficit budgétaire…

Les intervenants de ce colloque et les auteurs de ce numéro sont unanimes pour estimer que les bons indicateurs de succès d'une politique migratoire ne se réduisent pas au nombre des reconduites à la frontière et que morigéner sur ce sujet des préfets dans les médias fait partie d'une instrumentalisation inacceptable de la politique migratoire.
Il est nécessaire d'inventer de nouveaux mécanismes d'insertion sociale pour les immigrés et la reconnaissance au profit des résidents de longue durée du droit de vote aux élections locales fait partie de ces mécanismes à promouvoir. Cette observation trouve un écho dans la plate-forme du Ssaé et il faut donc continuer à se battre pour faire aboutir cette question à l'occasion des travaux de la révision de la Constitution.

Un défi nouveau concerne le droit au logement opposable. Consacré par la loi, il faudra être vigilant sur son application aux immigrés, car on voit déjà des tentatives pour les écarter totalement de ce droit nouveau.
Un autre sujet à peine effleuré ici mérite d'y revenir ultérieurement : la gallicanisation de l'islam. La liberté de religion fait partie des droits fondamentaux applicables aux immigrés comme aux nationaux, mais comment concevoir la place et le rôle de l'islam dans une société laïque ?
L'appellation choisie pour le ministère de l'Immigration a été unanimement mentionnée comme une insulte publique faite aux immigrés. Comme les experts sollicités, le Ssaé demande instamment la suppression de toute mention relative à l'identité nationale dans cette appellation.

Point de vigilance et de débat : la tentation européenne d'externaliser la politique d'asile et d'immigration par l'ouverture de camps situés aux marges ou en périphérie du continent est une dérive extrêmement préoccupante.
La politique européenne des visas n'est pas démocratique. Et pour certains porte un grave préjudice à l'influence de l'Europe et de notre pays dans le monde.
Frédéric Tiberghien Président du Ssaé

Nous y reviendrons dans l'avenir au sein de cette revue ou dans d'autres supports qui devraient reprendre et poursuivre les travaux de ce colloque.

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