Association des Revues Plurielles (ARP) - L'autre : Liste des articles publiés
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L'autre

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Cliniques, cultures et sociétés

N°7 / L'ennemi

présentation du numéro

Numéro dirigé par François Giraud.

L'utopie d'un monde sans ennemi s'est fracassée. L'illusion d'une fin de l'histoire liée à la disparition d'un adversaire canonique s'est effondrée. Car un monde sans ennemi est un monde sans autre.
Parmi les figures de l'autre, il reste incontournable. Ce n'est pas seulement un fait, c'est une nécessité, car faire comme si l'on n'en avait pas serait faire comme si l'on pouvait se clore sur soi-même. Le conflit est au cœur du réel, comme il est au cœur de l'humain dans la dialectique des pulsions. "Je suis l'ami de tous" est mensonger et le réveil est brutal : "Pourquoi ne nous aime-t-on pas ? ", s'interroge t-on alors.
Mais si l'on ne peut pas ne pas avoir d'ennemi, comment s'en construit-on ?
Ce numéro de L'autre confronte regards et visées théoriques. Quelle est la source de l'hostilité ? Est-elle la même que celle de l'inimitié ? Cette question concerne le psychisme de chacun, mais est au cœur des réalités contemporaines (conflits du XXème siècle, guerres d'Algérie d'hier et d'aujourd'hui, Bosnie, Palestine). Ce que l'on a fait de son ennemi, ce qu'on lui a fait est toujours problématique. La méditation philosophique rencontre alors le champ de la clinique, la réflexion historique et les travaux anthropologiques. L'événement lance un défi à la théorie.

SOMMAIRE

Editorial
François Giraud et Jean-Baptiste Loubeyre. Arracher l'hostilité à la solitude

Entretien
Luc de Heusch. L'ethnologue en amateur d'art

Dossier "L'ennemi"
Christian LACHAL. Roussettes et requins. Amis et ennemis
Résumé : L'ami et l'ennemi sont deux figures de l'autre. Pour chaque sujet, la construction de ces figures de l'autre s'effectue tout au long de la vie et prend plus ou moins d'importance, en fonction de l'histoire personnelle et des expériences qu'il a à vivre. Certains contextes, organisés par la culture ou les circonstances (par exemples les situations de guerre), mettent au premier plan l'ennemi ou l'ami. Des figures ambiguës, associant les deux termes, ou la présence simultanée de l'ami et de l'ennemi, organisée en complexe, permettent de mieux comprendre le lien amical, le rapport à l'ennemi, ce qui distingue l'un de l'autre, ce qui les associe. Un des points communs est que la relation amicale, comme le rapport à l'ennemi, sont des liens réversibles. Cette réversibilité explique que le lien à l'ami permet une transition entre des aménagements relationnels plus inscrits dans le tissu social, par exemple pour les adolescents le passage de la famille dont ils sont issus à la famille qu'ils vont fonder. L'effet le plus heureux de la réversibilité du rapport à l'ennemi est de permettre la réconciliation et le processus de paix.

Fabrice VIRGILI. L'Ennemie dans l'Europe en guerre au XXe siècle
Résumé : Dans le contexte guerrier du XXe siècle, les frontières entre civil et militaire, front et arrière, sont de plus en plus brouillées. Dans chaque camp, c'est la société dans sa totalité qui se trouve mobilisée. Penser alors l'ennemi, c'est également le penser "femme". Trois aspects de cet ennemi au féminin sont ici soulignés. La féminisation de l'ennemi comme moyen de le rejeter dans le camp de l'altérité en retirant à l'autre-combattant sa virilité. L'attitude vis à vis de celle qui sans être encore des ennemies sont pourtant les femmes de l'ennemi (filles, épouses, mères). Qu'il s'agisse de les nier, de les séduire ou de leur faire subir des violences spécifiques (viols). Enfin, lorsque les femmes du camp adverse sont considérées comme de véritables ennemies, qu'elles soient ou non combattantes.

Catherine LE DU : Les Harkis : un passé sous silence
Résumé : La fin de la guerre d'Algérie entraîna pour les Harkis la rupture brutale avec leur communauté d'origine dans des circonstances rendant difficile la transmission intergénérationnelle, souvent marquée par un silence honteux. Face à des difficultés d'affiliation et de filiation, certains de leurs enfants, dans une démarche active, ont pu faire le "choix toxicomaniaque", incorporation de toxique et recherche du traumatisme pouvant se révéler renarcissisant et restructurant.

Raphaëlle BRANCHE. La torture dans Muriel d'Alain Resnais.
Résumé : Le cinéma de fiction peut être le lieu d'élaboration d'une réflexion sur la représentation et la transmission des expériences traumatiques. C'est le cas du film d'Alain Resnais Muriel ou le temps d'un retour (1963) dont le centre est occupé par le récit d'une scène de torture par un des soldats acteurs de la violence. Le travail du cinéaste permet de percevoir très finement les difficultés des personnes éprouvées à communiquer leur expérience mais aussi les ambiguïtés des représentations que chacun peut en donner ou s'en faire.

Lisa OUSS-RYNGAERT. Soigner l'ennemi
Résumé : A partir de notre expérience en psychiatrie humanitaire, nous poserons la question de la possibilité de "soigner l'ennemi". Après un bref rappel de la notion d'ennemi, nous questionnerons la pertinence de ce concept en pratique humanitaire à travers les questions de neutralité, exil, altérité. La revue de la littérature en matière de soin psychique des auteurs de barbarie est très pauvre, attestant à la fois de la nécessité et la difficulté à penser cette question. Nous tenterons enfin de donner quelques pistes de réflexion aux questions : pourquoi soigner les responsables d'actes barbares, qui le peut et comment ?


Articles originaux
Jean-Pierre PAPART : Pourquoi parlons-nous ?
Résumé : L'article passe en revue les principaux résultats des recherches éthologiques concernant les déterminants de l'agressivité d'une part et du lien social d'autre part, pour les confronter aux inférences théoriques en relation avec la mécanique victimaire explorée à travers l'œuvre philosophique de René Girard. Les humains, à l'instar des autres espèces animales, ont recours aux mécanismes d'agressivité et de tiers/victimisation pour assurer leur survie. Pareillement, le geste agressif est à l'origine du rituel de communication ; l'acte sacrificiel est un signe où la victime est le signifiant qui renvoie, par métaphore et métonymie, à un ensemble de signifiés.

Jean-Pierre GOULARD. Le temps du passage : exister pour vivre. L'entre-deux chez les Ticuna d'Amazonie
Résumé : Les rites de passage marquent le franchissement des classes d'âge. Cependant, peu d'intérêt a été porté jusqu'à présent aux périodes qui leur succèdent. L'auteur s'intéresse ici plus spécialement au temps qui suit les rites de puberté. La mise en parallèle d'observations réalisées dans le cadre de la maison plurifamiliale traditionnelle indigène et dans celui du village, qui est aujourd'hui en contact permanent avec le monde extérieur, le conduit à dégager des schèmes de la pratique similaires concernant l'initiation dans ces deux espaces. Il montre comment une société amazonienne "doit prendre en compte le fait de l'efficacité symbolique des rites d'institution" (Bourdieu 1986 : 208) pour perdurer.

Débats
Hannah Biran. La difficulté de canaliser la rage en dialogue
Le propos de cet article est de comprendre les processus inconscients qui se déroulent dans le cadre d'une société et d'un peuple. Il semble que les deux peuples, juif et palestinien, soient pris dans un piège mutuel de suspicion et de méfiance. La violence reprend le dessus à chaque fois et la route du dialogue est bloquée. Essai d'analyse de la situation, d'un point de vue psychanalytique, en se rapportant aux processus qui engendrent un niveau d'angoisse élevé et empêchent un vrai dialogue, il tente de proposer une compréhension de la situation actuelle et de montrer qu'un processus de développement et de maturation émotionnelle est nécessaire pour que des ennemis puissent se parler.

Actualités
Gilbert Diatkine. Week end à Sidi Moussa
Le Centre de consultation et de psychothérapie de Sidi Moussa, dans la Mitidja, à 60 km d'Alger, a été ouvert pour les survivants des massacres terribles qui se sont produits dans cette région, qui a été une place forte des terroristes pendant plusieurs années. Grâce à une préparation soigneuse, et à l'expérience acquise par une Organisation Non Gouvernementale qui a financé des expériences semblables dans d'autres pays, le Centre a tout de suite su gagner la confiance des survivants. Ce sont d'abord les enfants qui ont été amenés par les mères, puis les mères ont consulté elles-mêmes, et plus récemment les pères ou les fils ont commencé à venir. Malgré la gravité des traumatismes subis, l'équipe du Centre a réussi à créer les conditions d'un véritable travail psychothérapique, individuel et de groupe.

Notes de terrain
Jean-Baptiste Loubeyre. Hébron négatif


Voyages... des idées
Mathias Breyer. L'ennemi

Voyages... des créateurs
Sophie Goutal-Darly. Histoire d'un riz ou les "restes" d'une histoire de famille

Rencontres avec... des lieux... des associations...
Marie Quéré. Association Burkinabé d'Action en Santé Mentale

Recherches
Guy Lesoeurs. Alma Sister

articles disponibles

HISTOIRE D'UN RIZ
Ou les "restes" d'une histoire de famille*
Sophie GOUTAL-DARLY

nombre de pages : 190 | parution : mars 2002
Union européenne : 27.00 € | France : 27.00 € | Monde : 27.00 € | <
9260 articles sont disponibles en ligne à la lecture !

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