Association des Revues Plurielles






A Littérature/Action (ex Algérie)

article

retour |   ....

Habiter la Grande Maison

Soumya Ammar Khodja
A Littérature/Action (ex Algérie) - n°57

Fin octobre 2001 se tinrent deux Journées marquant les premières activités de la Fondation Dib, à Tlemcen, ville natale du poète. Soumya Ammar Khodja* en rend compte pour nous.
Le 24 et 25 octobre 2001, Tlemcen s'est placée sous le signe de Mohammed Dib, avec la bénédiction certaine de Sidi Boumedienne. L'organisation de ces deux belles journées, dans la ville natale de l'écrivain, a été le fait de Sabéha Benmansour, et d'une équipe motivée et solidaire. Elles ont été possibles grâce aussi au soutien moral, intellectuel et financier des plus hautes autorités de la ville.
Une synergie de volontés et d'efforts a permis la création de l'Association "La Grande Maison" (titre du premier roman de Dib en 1952) et la Fondation Mohammed Dib, sous l'égide de laquelle va d'ailleurs s'ouvrir un premier Concours de nouvelles au thème libre.
Les activités de ces journées ont été diversifiées. Un colloque a donné à entendre à un public nombreux et attentif quelques propositions d'analyse de l'œuvre considérable du romancier et du poète, et ce à travers les interventions de Naget Khadda : "Histoire d'un parcours, conditions d'une prise de parole et modalités d'un perpétuel renouvellement", de Soumya Ammar Khodja : "Le romancier est un poète, regard sur la poésie de Dib", de Paul Siblot : "Une parole au présent, une œuvre pour l'avenir", de Farida Boualit : "L'Arbre à dires, un reçu littéraire pour solder des comptes", de Mourad Yelles : "Dib ou l'écriture ou le malentendu".
Djamel Amrani, un autre grand poète, a lu, de sa belle voix, des extraits de poèmes de Dib, invitant à une écoute recueillie. Maïssa Bey (qui a appris pendant le colloque qu'elle venait de recevoir le Prix Marguerite Audoux) et Leïla Hamoutène , écrivaines, ont exprimé leur rapport d'affection, d'estime et de respect à leur illustre aîné. Leïla Hamoutène appartient par ailleurs à un Groupe de travail : "Une Commune, Un livre" qui consacre une semaine de novembre 2001 à Dib et à La Grande Maison.
Donnant à l'événement de Tlemcen - "une fête, une double naissance" - le cachet qui lui revenait, Sabéha Benmansour, Présidente de l'Association "La Grande Maison" et de la Fondation Mohammed Dib, a invité ceux qui le désiraient à venir habiter La Grande Maison. "Tlemcen, ville emblématique, se gardera d'en revendiquer la propriété", a-t-elle déclaré avec force et simplicité. Elle a insisté sur l'ouverture de l'œuvre de Dib, prenant son élan à partir de Tlemcen pour aller vers le monde, "tel le patio rassemblant les espaces, autour duquel s'organise la vie pour se multiplier vers l'extérieur".
Elle rappelle, également, le rôle dynamique que s'assigne la Fondation avec la participation de chercheurs, de lecteurs travaillant non seulement autour de l'œuvre et de la vie de Mohammed Dib mais ne manquant pas de susciter la création de "jeunes talents que nous nous devons d'encourager ." La Fondation s'intéressera au père fondateur (dont l'œuvre au long cours a catalysé au fil des générations une recherche riche et multiple) sans pour autant oublier la jeunesse.
En signe d'admiration et encouragement, Fateh Chergou de l'École des Beaux Arts d'Alger, a offert à la Fondation un portrait de l'écrivain, de la part des enseignants, des étudiants, du corps administratif de l'Ecole. Moment chaleureux et sympathique, applaudi par la salle.
L'autre pôle important de ces journées a concerné l'ouverture officielle de la 1ère Session du Prix Littéraire Mohammed Dib. Naget Khadda a été nommée Présidente du Jury. Ce Jury se veut résolument international et de qualité. Sa tâche sera de privilégier des créations de haute tenue. Le genre littéraire retenu pour le premier concours est la nouvelle (thème libre).
Les participants à ces Journées ont eu droit à une réception offerte par la Section Littéraire Artistique et Musicale, suivie d'un exposé sur l'historique du Cercle des Jeunes Algériens (dont la S.L.A.M. a été l'une des sections), couronnée d'un magnifique concert de musique andalouse !
Les "festivités dibiennes" ne pouvaient se terminer sans une lumineuse visite de Tlemcen (Béni Boublen, mausolée de Sidi Boumedienne, Méchouar où se situent les locaux appelés à accueillir la Fondation et ses diverses activités…)
La touche finale a été la participation d'intervenants au Colloque et de membres de la Fondation Mohammed Dib à une émission culturelle filmée par Canal Algérie et animée par Abdelhakim Méziani. Occasion non négligeable de médiatiser la Fondation et ses projets.
La réalisation - et la réussite - d'une activité suppose des personnes, et leur hospitalité, leur gentillesse, leur présence efficace et souriante. Je voudrais au moins citer Asmahane Kahouadji, avocate au Barreau de Tlemcen, membre de la Fondation et trésorière, Réda Benosmane, membre également, Mohammed Souheil Dib, vice-président de la Fondation… Et naturellement Sabéha et Abdellah Benmansour.
Ces journées ont fait aussi advenir des rencontres. Je voudrais pour finir faire deux arrêts sur image, l'un sur Mohammed Souheil Dib, écrivain, l'autre sur Djamel Amrani, poète.
Mohammed Souheil Dib vient de publier un roman Voi-x de passage (en texte papier et en ligne) et un opuscule de poésie Le Devoir d'errance ou la Migration d'Abraham (en ligne) aux éditions Idlivre.com. Parlant de la deuxième production, il dit : "La poésie continue la prophétie. Le poète et le prophète partagent le même destin d'errance. La question d'Hölderlin résonne encore : "Pourquoi des poètes en temps de détresse ?"". Quant au roman, prenant source à partir du réel, il est témoignage du vécu de la deuxième génération en France. Par ailleurs, Mohammed Souheil Dib porte un intérêt permanent au patrimoine poétique arabe dialectal. Il a écrit, entre autres, une Anthologie de la poésie populaire algérienne d'expression arabe, un essai sur La Vie et l'œuvre de Sidi Boumedienne, principal représentant du mysticisme maghrébin et andalou au 12ème siècle. "Celui-ci a exercé une influence certaine sur la mystique chrétienne. Ainsi, on retrouve des inspirations, des intuitions identiques chez Joachim de Flore, Saint-jean de Lacroix et Maître Eckhart à travers des convictions religieuses différentes. La mystique est bien un espace de ralliement des réflexions religieuses."
Djamel Amrani s'est toujours intéressé à la poésie des autres, s'en faisant, avec quelques complices, le porte-voix dans ses émissions radiophoniques, des récitals, des articles de presse. Vice-Président de la Fondation Asselah, il nous informe des activités qu'elle organise. "Nous avons mis sur pied un Colloque sur "L'Etoile Nord Africaine", en janvier 2001 à la Bibliothèque Nationale d'Alger. Y ont participé, entre autres, Benjamin Stora, Mohammed Guenanèche, un ancien du Parti du Peuple Algérien (P.P.A.), Kamel Bouguessa, historien et sociologue"
Le 5 mars 2001, septième anniversaire [ déjà !] de la mort d'Asselah, père et fils, a été marqué par un récital intitulé "Poésie algérienne de combat", constitué à partir de textes des aînés (Amrouche, Kateb, Dib, Haddad, Sénac…), préparé avec la contribution de Leïla Boutaleb, Zahia Yahi et Leïla Derradji et présenté à l'Ecole Nationale des Beaux Arts d'Alger. Le 13 mars 2001, commémoration de la disparition d'Anissa Asselah, s'est attaché à des visages de femmes, poètes et écrivaines : Taos Amrouche, Leïla Djabali, Anna Gréki, Nadia Guendouz et Yamina Méchakra. Le 9 mai 2001, la même équipe (Djamel Amrani, L. Boutaleb, Z. Yahi et L. Derradji) a rendu hommage à Bachir Hadj Ali. La Fondation ne s'arrête pas à un seul genre littéraire, artistique. Elle a la volonté de promouvoir la culture sous toutes ses formes, de reconnaître les positions individuelles qui font avancer l'écriture de l'Histoire collective. Dans cette optique, des Prix ont été décernés à Arslan Lerari (peinture), à Malika Hachid pour son ouvrage Les Berbères du Tassili au Nil, à Louisette Ighilahriz qui a relancé le débat sur la torture."
Djamel parle un peu de lui-même. Il fait part d'une tournée poétique d'une semaine en mai 2001, à Valentigney, Belfort, Montbelliard, de ses interventions en plusieurs endroits, bibliothèques et restaurants ; des récitals qu'il donne avec les amis sous le titre "Les poètes dans la Cité". Quant à son écriture personnelle, il rapporte que ses quinze recueils de poésie sont épuisés, qu'il n'a jamais pu faire de réédition… Mais il a la joie d'informer que son œuvre poétique va paraître en un seul volume, dans le cadre de l'année de l'Algérie en France, en 2003. Pour l'heure, deux recueils vont paraître, chez Marinoor : Plus loin que ma mémoire et Rhizomes adverses.

9260 articles sont disponibles en ligne à la lecture !

RECHERCHER UN ARTICLE

par mots cles
dans

par revue
numero

par auteur

lancer la recherche

© Africultures 2020