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A Littérature/Action (ex Algérie)

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Périphéries, émigration, immigration... Que dit la littérature?

A Littérature/Action (ex Algérie) - n°57

Trois écrivains maghrébins construisent leur roman autour de l'émigration/immigration algérienne en France. Trois romans et trois romanciers très différents. Trois étudiantes-chercheurs en Littérature examinent ces œuvres…
Les trois romanciers dont il est question dans les pages qui suivent ne sont plus à présenter, surtout les deux écrivains, Rachid Boudjedra et Tahar Ben Jelloun. Le premier, né en 1941 à Ain Beida, est auteur d'une œuvre importante, à dominante romanesque mais qui fait place aussi à des essais et des poèmes; le second, né à Fès en 1944, installé à Paris en 1971, est sans doute l'écrivain marocain le plus renommé et a obtenu le Prix Goncourt en 1987 pour son roman La nuit sacrée. La troisième, Fawzia Zouari, est une écrivaine tunisienne vivant à Paris depuis 1979. Actuellement journaliste à Jeune Afrique, elle est l'auteure de trois romans dont un très récent et d'un essai tout à fait stimulant sur l'écriture des femmes au Maghreb, Pour en finir avec Shahrazade .
L'idée de les associer est venue d'une thématique commune dont ils traitent : celle de l'émigration/immigration algérienne "écrite". Aucun de ces auteurs n'est émigré, au sens habituel du terme, ni "issu" de l'émigration. Ils ont une certaine notoriété et viennent de chacun des trois pays du Maghreb.
Les trois œuvres présentées sont éditées dans des collections très accessibles, de poche ou équivalent. La première, celle de R. Boudjedra, Topographie idéale pour une agression caractérisée, est la mieux connue. Un peu oubliée aujourd'hui, elle traitait de la question de l'émigration en 1975, à un moment où cette réalité perçait le silence où elle avait été confinée . Il nous a semblé intéressant d'y revenir pour rappeler la manière dont le romancier algérien jumelait la thématique (sociale, culturelle, politique immédiate) d'une "périphérie" que se partagent deux nations, avec une écriture assez sophistiquée puisant dans des mouvements et références littéraires d'avant-garde. Les deux autres œuvres sont récentes et chacune fait des choix de mise en forme induits ou non par le sujet abordé.
Ces trois œuvres posent à l'acte d'écriture les questions du témoignage et de l'élaboration esthétique. L'oeuvre littéraire est-elle plus apte ou apte différemment à s'emparer d'un sujet qui sollicite sociologues, linguistes et psychologues?
Ce dossier peut susciter beaucoup d'autres questions que celles qui sont posées par les contributrices. En particulier celle de la confrontation du traitement littéraire de ces "observateurs" que sont les écrivains choisis avec l'écriture même de celles et de ceux pour qui les banlieues ne sont pas un "terrain d'enquête" mais une origine.
Peut-on venir de là et "écrire tranquille", se demande par exemple Tassadit Imache dans un long et passionnant texte récent*. C'est-à-dire écrire comme chaque écrivain écrit et non comme un témoin d'on ne sait quel cancer urbain.

"Interpeller sur son origine et son but celui ou celle qui a choisi d'écrire, c'est le renvoyer sans cesse à lui-même, et lui dénier tout autre territoire. En chemin, on peut être tenté de substituer à la construction d'un univers la quête d'une reconnaissance individuelle. Ou se concentrer mieux sur le geste : ce point à l'horizon que les autres ne peuvent ou ne veulent pas voir, et vers lequel vous entreprenez de faire avancer livre après livre une vision personnnelle […] Y aurait-il aujourd'hui des histoires humaines recalées en tant que matériau susceptible de solliciter l'identification d'un lecteur? Si détachées de l'expérience commune, inaptes aux variations répétitives de la vie l'amour la mort, ne participant plus de leur lot d'émotions, de sentiments, de pensées, et d'actions à la substance mouvante dont tout écrivain éprouve sans cesse la matrice?
Comme si nous n'avions plus de quoi gagner pour tous sur le néant un bout de territoire de sens, un îlot où dignement se tenir. Et alors, si vous n'y prenez garde, vous vous retrouvez bientôt à parler de votre travail d'écrivain en avocat des droits de l'homme ou avec le ton d'une rescapée d'on ne sait quel désastre!" (revue Esprit, décembre 2001)

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