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Le film d'un double héritage camerounais

Michel AMARGER
Africultures - n°47

Melina, le premier film de François Woukoache, est un témoignage personnel sur les cérémonies de fin de deuil qui se sont déroulées deux ans après la mort de son père. Ce dernier, originaire d'un village bamiléké, était un catholique fervent, installé à Yaoundé, qui avait donné à ses cinq enfants une éducation sévère. Vers la fin de sa vie, il les avait incités à renouer avec l'héritage traditionnel, dans son village natal, où il possédait une maison. Logiquement, les cérémonies organisées à sa mort mêlent les rites catholiques avec ceux des Bamilékés.
En filmant la préparation des cérémonies, François Woukoache interroge sa famille pour réfléchir sur le sens de son double héritage religieux. "A travers le portrait de mon père, j'ai cherché ce que signifie être Camerounais aujourd'hui, déclare le jeune réalisateur. Au Cameroun, on connaît seulement les rites traditionnels, sans avoir conscience de leur signification. Le sens du sacré se perd, remplacé par la religion catholique. Les évêques ont un grand pouvoir dans le pays."
Pour exprimer le mélange de culture animiste et d'éducation catholique reçus, Woukoache utilise le documentaire subjectif. "C'est vrai que je me sens plus à l'aise pour filmer la messe que les cérémonies de village", reconnaît-il. Dans Melina ("l'habit du deuil", en bamiléké), des silences et des images de ciel apportent aux témoignages un écho plus mystique. C'est ainsi que Woukoache recherche un style personnel pour élargir ses interrogations : "Le cinéma est une sorte de trace qui doit être prolongée par la discussion. Il faut bousculer les gens dans leur quotidien et leur donner une autre image de l'Afrique".
Et de poursuivre : "Un des axes de Melina était une interrogation sur le silence d'un Dieu que les membres de ma famille reconnaissaient comme le leur et dont le film disait en fin de compte qu'il n'était définitivement pas le mien. Tout simplement parce que je fais partie des orphelins des millions d'Africains déportés et jamais revenus, orphelins de ceux qui ont franchi la porte qui les coupait définitivement de cette terre où était enterré leur cordon ombilical. Leur silence nous condamne à la souffrance des orphelins en quête d'un héritage enfoui dans la nuit des temps et des consciences".
Michel Amarger

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